Communales 2019 : les défis qui attendent le futur maire d’Antananarivo9 minutes de lecture

Communales 2019 : les défis qui attendent le futur maire d’Antananarivo

Le 27 novembre, les Tananariviens se rendront dans les urnes pour désigner le prochain maire d’Antananarivo. Ils sont 5 à avoir fait part de leurs ambitions : Eliace Ralaiarimanana, Naina Andriatsitohaina, Rina Randriamasinoro, Faniry Alban Rakotoarisoa (l’auteur de Mampijaly Jean) et Feno Harison Andrianjoelina.

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Si durant ce mois de novembre, les regards se sont surtout tournés vers le nom du successeur de Lalao Ravalomanana, ce scrutin revêt une importance particulière pour la ville des Milles, avec à la clé des défis cruciaux pour les années à venir.

Il serait simpliste de réduire cette élection communale à une formalité, une simple passation de pouvoir entre Lalao Ravalomanana et son successeur. Et pour cause, les missions qui attendent le nouveau premier magistrat de la ville seront des plus complexes.

Le dernier mandat a eu du mal à séduire les Tananariviens qui attendaient mieux du renouveau annoncé par le clan Ravalomanana. Si la réhabilitation de quelques infrastructures communales a pu redonner un instant le sourire, cela n’efface pas les tempêtes traversées ces 5 dernières années. Entre une gestion désastreuse des ordures, les invasions de charrettes, les problèmes causés par les marchands ambulants qui colonisent les trottoirs et surtout les scandales à répétition concernant les ventes de terrains communaux, le mandat de Lalao Ravalomanana a été qualifié de médiocre (pour ne pas dire catastrophique) pour bon nombre d’observateurs.

Ces 5 prochaines années vont donc être décisives avec une relance des grands projets à l’arrêt : éradication de la corruption, assainissement de la ville, lutte contre la pollution de l’air et les embouteillages

Piqûre de rappel sur les problèmes de Tana

Antananarivo a perdu de sa splendeur. La Ville des milles est devenue une ville « bordélique » où règnent la gabegie, l’insalubrité, l’incivilité, la corruption…

Marginalisation rurale et exode rural, ingrédients d’un cocktail explosif

L’exode rural connaît une expansion considérable. À cause d’un développement inégalitaire entre les zones urbaines et rurales, bon nombre de personnes venant des 4 coins de l’Île décident de vivre à Antananarivo, une ville perçue comme le seul lieu d’opportunité pour réussir. Selon la Banque Mondiale, Antananarivo atteindrait jusqu’à 8 millions d’habitants d’ici 5 ans.

Les conséquences de cette forte migration sont catastrophiques : accroissement du taux de bidonvilisation, multiplication des constructions illicites, squatterisation des propriétés privées, foisonnement du secteur informel

Un plan d’urbanisme inadapté

Le projet d’aménagement de la commune n’est plus adapté à la réalité d’Antananarivo et aux réalités sociodémographiques actuelles. En effet, le plan d’urbanisme que nous avons actuellement est celui de 1930. Il a été conçu pour une ville de 400 000 habitants. Or, Antananarivo dépasse les 3,3 millions d’habitants et continue sa poussée démographique.

Les infrastructures, les réseaux d’assainissement, les routes, l’eau et l’électricité ne sont plus adéquats si bien que d’innombrables complications font apparition :

  • Les embouteillages dont nous connaissons tous les conséquences : manque de productivité, perte de temps, pollution…
  • Le manque d’infrastructures publiques comme les marchés, les centres de santé, les établissements d’enseignement et d’éducation, les établissements culturels…
  • Les problèmes de chômage: manque de mesure d’insertion professionnelle pour les jeunes, manque d’établissements publics de formation professionnelle, des formations non adaptées aux contextes économiques et technologiques…
  • Une voirie non adaptée aux problématiques démographiques actuelles.
  • La pollution de l’air qui va entraîner à court ou moyen terme des problèmes de santé publique.
  • Un réseau d’assainissement vétuste.
  • Les constructions illicites, et bien d’autres encore.

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Antananarivo : une ville bordélique

Le saviez-vous ? À Antananarivo, tout le monde peut faire ce qu’il veut, au nez et à la barbe de la loi.

Des constructions illicites sans permis

Dans les 6 arrondissements de la ville d’Antananarivo, on dénombre des centaines de constructions informelles dont la plupart sont des maisons individuelles.

Antananarivo : un grand bac à ordure géant

À cause de l’incivilité de la population, la Ville des Milles a perdu de sa splendeur et ressemble aujourd’hui à une grande décharge d’ordures. Pour les Tananariviens, il est devenu normal de jeter les déchets en tout genre par terre. Conséquence : ces derniers, emportés par les eaux pluviales, s’infiltrent dans les canaux d’évacuations qui se retrouvent ensuite bouchés.

Par ailleurs, l’amoncellement des ordures dans la capitale est le résultat d’un « conflit administratif » entre l’État et la CUA concernant la gestion du budget de la SAMVA (Service Autonome de Maintien de la ville d’Antananarivo). Ce dernier fait régulièrement face à des problèmes financiers, ce qui ralentit le ramassage des déchets dans la capitale.

Tana, la ville des marchands ambulants

De nos jours, les trottoirs d’Antananarivo sont devenus de véritables marchés en plein air. Des revendeurs s’emparent des rues et étalent leurs marchandises de toute part, entravant par la suite le déplacement des piétons. Jusqu’à maintenant, les autorités n’ont pas trouvé des solutions viables pour remédier une bonne fois pour toutes ce phénomène qui perdure déjà depuis plusieurs années.

Il est à noter que si les marchands ambulants règnent sur les trottoirs d’Antananarivo, il y a une grande part de responsabilité des agents communaux qui permettent à ces vendeurs d’exercer moyennant un pot de vin.

Antananarivo et ses embouteillages légendaires

À Tana, en moyenne, il faut 110 % de temps en plus pour les trajets quotidiens, par rapport au temps de trafic normal. À cause des rues mal entretenues, sans oublier les taxi-be, les pousse-pousse et les charrettes qui font la loi, les automobilistes perdent environ 45 minutes pour un trajet habituel de 40 minutes. Cela veut dire que sur 60 minutes de trajet pour se rendre au bureau, les automobilistes mettent 65 minutes supplémentaires, chaque jour. Sur une année, cela représente 572 heures passées dans les bouchons (aller et retour).

À noter que les embouteillages à Tana sont également le résultat d’une absence juridiction claire régissant la mobilité urbaine (régularisation de la circulation).

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Les défis du futur maire d’Antananarivo

Aux vues des nombreuses problématiques qu’elle rencontre, la Ville des Milles aurait besoin d’un maire avec une main de fer dans un gant de velours.

Le futur Maire d’Antananarivo devra résoudre les soucis du quotidien qui préoccupent le plus les Tananariviens :

La gestion des ordures

Il est impératif de trouver une solution avec la SAMVA concernant la collecte des ordures ménagères.

Lutte contre la corruption

Un assainissement de l’administration est primordial pour éradiquer la corruption au niveau de toutes les hiérarchies de la municipalité : des fokontany en passant par les firaisana pour finir aux têtes dirigeantes de la CUA.

Lutte contre l’insécurité

Entre les agressions, les attaques à main armée et les vols avec violence, la délinquance à Antananarivo a explosé. Pour lutter contre l’insécurité, une action globale doit être mise en place : renforcement des effectifs de la police municipale, opération de nuit dans les quartiers chauds d’Antananarivo, création d’un réseau de caméras de vidéoprotection, amélioration de l’éclairage public

Sensibilisation de la population pour réduire l’incivilité

Les Malgaches manquent de plus en plus de civisme. La solution pour y remédier serait de faire une éducation de masse récurrente pour pallier les problèmes d’incivilité d’une certaine frange de la population. La nouvelle équipe du maire d’Antananarivo devra également mener des campagnes d’envergure sur l’importance des problèmes d’insalubrité.

Sanctions contre les incivilités

Les mesures de sanction restent l’ultime solution contre l’incivilité. Le nouveau magistrat de la ville devra mettre en place un personnel municipal ayant pour objectif d’appliquer la loi et les sanctions pour les contrevenants.

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Réduction de la pollution de l’air

Trouver des mesures pour limiter la pollution de l’air devra être l’un des grands défis du futur Maire de Tana : interdiction de circulation pour les voitures polluantes, création d’espaces verts, régulation de la circulation dans certains quartiers de la capitale, soutien d’autres moyens de transport moins polluants

Amélioration du plan d’urbanisme

Avec les ministères compétents, l’équipe communale devra mettre en place un plan d’urbanisme en cohérence avec les réalités sociodémographiques actuelles.

Travaux d’assainissement

Pour limiter les risques sanitaires, il faudra également engager des travaux d’envergure sur la voirie, les réseaux d’assainissement et d’évacuation des eaux usées.

Augmentation des infrastructures d’enseignement publiques

L’enseignement public a longtemps souffert d’une mauvaise réputation. Il importe donc de donner une meilleure qualité d’éducation aux enfants et aux jeunes. Le développement des infrastructures d’enseignement (EPP, CEG et lycées) devra également être nécessaire.

Lutte contre le chômage

Le chômage des jeunes reste un grand frein au développement économique et social d’Antananarivo. Pour y remédier, l’État, en coalition avec la municipalité, devra instaurer une politique de relance : favoriser les emprunts et l’investissement, soutenir les TPE, PME, accompagner les chômeurs, créer des centres de formation et d’insertion professionnelle pour les jeunes

Les formations dispensées doivent bien évidemment être en adéquation avec la réalité économique actuelle, mais aussi aux demandes sur le marché de l’emploi, en particulier dans le secteur du numérique qui a le vent en poupe.

Les Tananariviens attendent du renouveau pour leur ville préférée. Ils cherchent un nouveau Maire qui va donner un nouvel élan à la Capitale malgache, en résolvant à court, moyen ou long terme les problèmes récurrents rencontrés au quotidien. Et surtout, ils veulent un Maire qui va mettre les Tananariviens au cœur de ses préoccupations.

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