JIRAMA : malgré tout, pourquoi nous nous laissons faire ?8 minutes de lecture

JIRAMA : malgré tout, pourquoi nous nous laissons faire ?

L’indolence et la passivité du peuple malgache ne sont pas près de s’arrêter. Et pour preuve, face au calvaire que nous vivons actuellement avec ces coupures d’eau et d’électricité à répétition, il (le peuple) continue à se taire. Pour quelles raisons ? Sommes-nous destinés à être passifs jusqu’à la fin de notre pauvre existence ?

Un état plus que critique

1) Délestage, baisse de la tension de l’électricité

La JIRAMA cumule les problèmes. Depuis plusieurs jours, le délestage met le pays à genoux. Les coupures d’électricité et la baisse de tension sont de plus en plus fréquentes. Que ce soit à Antananarivo ou en province, aucune commune n’est épargnée. Certaines localités peuvent être privées d’électricité jusqu’à 8 heures par jour.


Selon les explications de la JIRAMA, la perturbation de la distribution d’électricité provient d’un manque d’eau au niveau des centrales hydroélectriques ainsi qu’un non-approvisionnement en carburant. Suite à cette crise, 6 directeurs ont été limogés et remplacés en début de semaine. Reste à savoir si ces licenciements à répétition vont apporter une quelconque amélioration ou s’il s’agit d’une fausse solution.

2) Pénurie d’eau, eau impropre à la consommation

Outre les problèmes de délestage, il y a aussi la pénurie récurrente d’eau. Par ailleurs, les consommateurs se plaignent régulièrement d’une « odeur nauséabonde » ainsi qu’une « couleur rouille » en ouvrant leur robinet. Si elle peut être utilisée pour toutes les autres tâches ménagères (w.c., vaisselle, lessive…), l’eau qui en sort est impropre à la consommation. 

3) Rapport qualité/prix désastreux

Malgré un tarif déjà considéré cher par rapport à la qualité de service proposé, il faut désormais s’attendre à une hausse des prix de l’électricité et de l’eau. Et pour cause, la JIRAMA a déjà cumulé plus de 1600 milliards d’ariary de perte (fin juin 2019). Si la situation perdure, nul doute que la société publique d’électricité et de distribution d’eau à Madagascar tombera en faillite. Selon une étude menée par la Banque mondiale en septembre 2019, un accroissement tarifaire de l’ordre de 10 à 13 % serait incontournable pour remettre la JIRAMA sur les rails. Une décision qui sera loin de plaire aux ménages les plus démunis.

4) Une communication toujours plus laconique

Comme toujours, la communication de la JIRAMA est pour le moins laconique à chaque épisode de délestage ou de coupure d’eau. Ainsi, pour chaque « bourde », la page officielle de la société sur Facebook publie un communiqué pour notifier ses consommateurs d’être « au fait » des « courtes phases de délestage » et promet de les résoudre « dans le plus bref délai », sans être précis sur les deadlines ou bien préciser l’origine des pannes.

L’image de la JIRAMA continue donc d’être écornée puisqu’elle n’a de cesse de répéter les mêmes refrains. Ces derniers jours, de nombreux socionautes ne cachaient pas leur exaspération et sommaient l’entreprise publique, parfois en des termes grossiers, à régler les problèmes au plus vite avec des solutions pérennes.

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Les Malgaches à genoux face à la situation

Les conséquences de ces pannes à répétitions sont bien évidemment désastreuses pour la population malgache :

  • Vie quotidienne des ménages perturbée: sans électricité, les denrées alimentaires stockées dans les réfrigérateurs sont bonnes à jeter, des réfrigérateurs que, en ce temps de crise, les Malgaches peinent à remplir. Sans parler des matériels électriques abimés par la baisse de la tension.
  • Vie économique perturbée: baisse de la productivité des entreprises, hausse des charges des entreprises dans l’achat de carburant pour les groupes électrogènes.
  • Perte financière à cause de l’arrêt des activités pour les artisans et autres métiers nécessitant de l’électricité, mais qui n’ont pas les moyens de se procurer des générateurs électriques.
  • Hausse de l’insécurité à cause de l’absence d’éclairage
  • Risques sanitaires: dus à l’utilisation d’une eau polluée, impropre à la consommation.

Et nous, on se tait ! On se laisse faire.

Les Malgaches sont reconnus pour être un peuple sage. Sage… vraiment ? Nul doute que si le cas comme le nôtre existait dans d’autres pays, il y aurait déjà un mouvement social et beaucoup de têtes seraient tombées jusqu’au plus haut sommet de l’État.

Mais, à Madagascar par contre, silence ! Tout le monde se tait, personne ne réagit.

Pourquoi ? De nombreuses circonstances sont mises en cause :

  • Une politique d’éducation qui entrave la liberté d’expression
  • Une éducation qui apprend le peuple à être patient (maharitra, miharitra) quoiqu’il advienne, à être indolent, à être passif.
  • Une culture infantilisante: les dirigeants sont considérés comme les parents et le peuple, l’enfant. L’enfant a donc interdiction formelle de contredire le parent.
  • Un peuple depuis longtemps lobotomisé pour être « kanosa » par rapport à l’État.
  • Une politique néo-dictatoriale muselant les opinions défavorables et qui empêchent toute tentative de manifestation, même pacifique, sous prétexte de « trouble à l’ordre public ». Et pour preuve, Madagascar a plus d’une fois été exhorté à respecter les droits de l’homme en matière de manifestation publique.

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La JIRAMA, une société à l’agonie (dit-on)

Avec 1600 milliards d’arriérés, la JIRAMA est donc loin d’être tirée d’affaire. À qui donc la faute ? Le seul responsable ne peut être que l’État qui n’est autre que le propriétaire unique de la JIRAMA. D’ailleurs, notons que les propres factures de l’État représenteraient jusqu’à 300 milliards d’ariary sur ces 1600 milliards d’impayés.

La JIRAMA serait-elle donc la vache à lait de l’État, au détriment de la population ? Où sont passées les sommes astronomiques engrangées par la JIRAMA pour qu’elle soit encore endettée ? Pourquoi n’y avait-il pas d’entretien des matériels et infrastructures depuis plus de 60 ans alors que le nombre d’abonnés à la JIRAMA augmente de jour en jour ? Gestion financière opaque ? Détournement de fonds ? Le débat reste ouvert.

Si vous voulez savoir pourquoi la JIRAMA est dans une si piteuse état, cet article rédigé par un blogueur expatrié pourrait vous aiguiller.

Bien sûr, l’État n’est pas le seul fautif. Les fournisseurs de la JIRAMA, c’est-à-dire les pétroliers, ont également leur part de responsabilité dans ce fiasco. Depuis plusieurs années, la Jirama a acheté de l’énergie à un coût très élevé, par rapport au tarif appliqué aux consommateurs, voilà pourquoi elle a tourné à perte. C’est pour cette raison que l’entreprise a décidé fin septembre de résilier son contrat d’achat d’énergie avec Jovena. Actuellement, des contrats avec d’autres partenaires sont encore en cours de négociation. Toute la question reste de savoir si la JIRAMA compte toujours rester sous la coupe des pétroliers. Pourquoi dépenser des centaines de millions d’ariary par mois pour de l’énergie thermique alors que l’énergie renouvelable représente un excellent potentiel ? À cause de l’absence d’investissement palpable dans les énergies renouvelables, la JIRAMA sera toujours sous le joug des pétroliers. Le fioul étant l’un des principaux postes de dépense.

Qu’est-ce qui va se passer ? Le pire est à venir. Malgré les effets d’annonces de l’État, la vague de limogeages, la JIRAMA restera… la JIRAMA, cette société qui va faire vivre le pire aux Malgaches.

Pour faire face au mécontentement des consommateurs, suite aux coupures intempestives de l’électricité et à la pénurie d’eau, la Direction générale de la JIRAMA n’a trouvé d’autres solutions que de limoger 6 directeurs. « Une décision qui est loin de régler le vrai problème » selon la population et certains observateurs.

Pour sortir la JIRAMA du pétrin, il faudra mettre en place une stratégie claire et réfléchie.

Quelles solutions pour la JIRAMA ?

Comme dit plus haut, le limogeage de directeurs ne suffit pas pour remettre l’entreprise sur les rails, il faut traiter le problème à la racine :

  • Transparence dans la gestion
  • Éradication de la corruption, surtout au niveau des dirigeants de la société
  • Investissement dans les énergies renouvelables: énergie hydroélectrique, énergie éolienne, énergie hydrolienne… (Bien que la JIRAMA s’est déjà lancé vers le mix énergétique.)
  • En finir avec la dépendance à l’énergie thermique et en finir avec la dépendance aux pétroliers (une solution certes impossible actuellement, mais faisable sur le long terme).
  • Ouverture à la concurrence: Une libéralisation des marchés de l’énergie est incontournable pour permettre une ouverture à la concurrence. Cela permettra d’en finir à la situation de monopole qui s’applique actuellement, que ce soit au niveau de la JIRAMA ou au niveau des fournisseurs.
  • Dernière solution et non des moindres : Puisque Madagascar a de l’uranium dans son sous-sol, pourquoi ne pas envisager l’énergie nucléaire, tout en limitant les risques de sécurité et les risques environnementaux ?

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