La justice malgache gangrénée par la corruption3 minutes de lecture

La justice malgache gangrénée par la corruption

Traiter une affaire en justice, mais à quel prix ? À Madagascar, la question se pose au quotidien pour tous ceux qui veulent accélérer le traitement d’une plainte, régler un litige ou encore échapper à une peine : rien ne se fait sans petit cadeau. « La justice malgache est particulièrement touchée par la corruption » dixit Anaclet Imbiki, ancien ministre de la Justice du temps de Didier Ratsiraka et membre du Haut conseil pour la défense et la démocratie et de l’État de droit (HCDDED).

Entre carcan juridique, distribution de pots de vin et inertie du système, traiter une affaire judiciaire dans le pays s’apparente à un véritable parcours du combattant. Un constat dressé par le doyen de l’HCDDED.

Une situation alarmante

C’est lors de la première journée de la 3e série d’ateliers organisés par l’HCDDDED et l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) que Mr Anaclet Imbiki a montré du doigt la vacuité actuelle de la justice malgache, un secteur bien connu pour être gangréné par la corruption.

Malgré l’existence de « soi-disant » institutions visant à lutter contre la corruption, la situation du pays continue d’être dramatique. Il n’est pas sans rappeler que le score de la Grande Ile en matière de corruption n’a cessé de dégringoler, passant de 28/100 en 2013 à 24/100 en 2019.

Dans le domaine de la justice, la corruption revêt plusieurs formes : contact direct des magistrats avec les personnes ayant une affaire à régler au niveau de la Justice, intervention des rabatteurs, envoi de cadeau sous forme de biens matériels… Plusieurs causes sont à l’origine de cette corruption préoccupante au niveau du système judiciaire malgache, dont l’absence de « volonté politique ».

Les solutions avancées par Mr Anaclet Imbiki

Lors de son allocution, le père de l’actuel secrétaire général du ministère de la Justice s’est focalisé sur les « propositions de stratégie de lutte contre la corruption dans le secteur de la Justice, en prévision de la relance économique post-covid ». Parmi les solutions proposées, on peut notamment citer :

  • L’exploitation des déclarations de patrimoine
  • L’interdiction pour les magistrats de la même famille de travailler dans une même instance judiciaire
  • L’implémentation des circulaires concernées par la nécessité de moralisation
  • La promotion des systèmes alternatifs (Conciliation, DINA, arbitrage…)
  • L’ouverture de compétence du CSI

Politique & Système judiciaire à Madagascar : corruption, quand tu nous tiens !

Selon les observateurs, le manque d’indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis du pouvoir exécutif est l’une des nombreuses raisons de l’incapacité du système judiciaire malgache à faire respecter la loi. Or, il est peu probable, voire impossible, de voir un pouvoir judiciaire totalement indépendant dans un pays comme Madagascar. D’ailleurs, il n’est pas rare que les magistrats, les juges et les procureurs soient redevables d’intérêts politiques, surtout lorsque leur carrière est régentée par la branche exécutive.

In fine, aussi longtemps que les fonctionnaires de la magistrature sont, d’une façon ou d’une autre, dépendants de politiques, la corruption aura encore de beaux jours devant elles.

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