Robert mugabe coup d'etat

Portrait de Robert Mugabe : Héros visionnaire ou tyran sanguinaire ?

Libérateur ou oppresseur ? L’héritage de Robert Mugabe divise la planète, et le Zimbabwe ne fait pas exception : dans le pays, on a accueilli, tantôt avec joie, tantôt avec tristesse, la détention à domicile du père de la révolution Zimbabwéenne ce mercredi 15 novembre 2017. Retour avec divague sur une légende qui occupé le paysage médiatique et l’imaginaire de tout un peuple. 

La naissance de la légende : les premiers pas et la révolution zimbabwéenne

La vie de Robert Mugabe débute d’une façon assez commune, voire trop banale pour une personnalité pareille : il est né le 21 février 1924 à Kutama en Rhodésie du Sud (actuellement appelé Zimbabwe). Très intelligent, ce passionné de lecture fait de brillantes études dans plusieurs universités africaines et européennes. Avec ses 7 diplômes, cet intellectuel enseigne pendant 3 ans à Lusaka (capitale de l’ex-Rhodésie du Nord), puis à Accra (Ghana) où il tombe amoureux de Sally Hayfron, sa première femme.Parallèlement, il découvre ce pour quoi il existe : il expérimente l’idéologie marxiste et se déclare « marxiste-léniniste-maoïste ». Et très rapidement lui vient l’idée de mener une révolution dans son propre pays contre le gouvernement blanc et répressif d’Ian Smith.

En 1963, il devient chef de la guérilla et fonde son propre parti, Zimbabwe Afrikans National Union (ZANU). Mugabe déclara ainsi qu’il est devenu « diplômé en violence ». L’année suivante, il est jeté en prison avec d’autres chefs de file nationalistes. Durant ses 10 ans d’incarcération, Robert Mugabe en profite pour apprendre le droit et conforter son influence sur le mouvement nationaliste.

En 1966, son fils décède. Malheureusement, il se voit refuser une autorisation pour les obsèques, ce qui anime encore plus sa haine envers le gouvernement d’Ian Smith.Lorsqu’il est libéré en 1974, il reprend la tête du Zanu. Après 5 années à harceler le régime dictatorial, Robert Mugabe et ses hommes gagnent la guerre. En mars 1980, le parti remporte les premières élections multiraciales du pays. Le peuple ne se fait pas prier pour laisser éclater sa joie : les victorieux sont accueillis en libérateurs.

Robert Mugabe et sa première femme Sally Hayfron
Robert Mugabe et sa première femme Sally Hayfron

Pour les Zimbabwéens, cette grande victoire de Mugabe fut bel et bien considérée comme une planche de salut. En effet, le président a de grands projets pour son pays chéri : relancer l’économie zimbabwéenne, améliorer les systèmes éducatifs pour les noirs, construire des écoles, des hôpitaux et des logements… Le peuple zimbabwéen, lui, fêtera plusieurs jours son « héros national ».

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Les grandes années de Robert Mugabe

Les premières années sous Mugabe sont synonymes de rayonnement avec 3 progressions phares : la construction de routes et d’infrastructures, l’accès à l’éducation et la primauté d’une politique de santé publique.

Le Zimbabwe, ce voisin du Mozambique, devient le grenier du continent noir ainsi que le premier producteur et exportateur de céréales et de blé.

Parallèlement, il prêche durant son règne, plus de 10 ans avant Nelson Mandela, la réconciliation entre Noirs et Blancs. L’Occident salue d’ailleurs sa décision d’autoriser l’ancien Premier ministre de la Rhodésie, Ian Smith, à rester au Zimbabwe.

Mais les choses vont se gâter très rapidement…

En effet, Robert Mugabe, sanguin, charismatique, ne se laisse manipuler par personne, et certainement pas les opposants. Tout commence avec l’étouffement des parties adverses et la maximalisation de son pouvoir en favorisant les hommes de son ethnie : « les Shonas ». Tout lien est brisé en 1982 lorsque Robert Mugabe envoie, dans un excès de zèle, l’armée écraser une manifestation dans la terre des ethnies Ndébélé (son ancien allié pendant la révolution). Le massacre a fait plus de 20 000 morts.

La crise zimbabwéenne atteint son paroxysme lorsque le chef d’État entreprend une réforme agraire qui se solde par un échec. Il envoie son armée prendre de force les fermes que les propriétaires blancs refusent de quitter. Suite à ce coup de force, 4000 des 4500 fermiers blancs quittent le territoire.

Robert Mugabe et sa femme Grace Marufu
Robert Mugabe et sa femme Grace Marufu

Ses alliés occidentaux ainsi que le Commonwealth ne veulent plus entendre parler de lui suite à des fraudes électorales qui l’ont réélu en 2002.

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Du libérateur au despote sanguinaire

Une pléiade d’admirateurs ont fait l’apologie de Robert Mugabe : Nelson Mandela, Jacob Zuma, de nombreux journalistes. Mais petit à petit, un glissement s’opère, le mythe s’effondre. L’illustre Mugabe passe doucement du statut de héros national à dictateur sanguinaire. Les Zimbabwéens tout comme le monde voient le schéma Ian Smith se répéter. Plusieurs pistes se présentent : l’économie du Zimbabwe plonge, les manifestations menées par l’opposition sont durement réprimées.

Robert Mugabe choisit une attitude ambivalente, notamment dans la sélection des personnes qui tirent profit de son soutien politique et financier. L’affaire qui fait exploser sa réputation est celle de l’élection de 2008. L’illustre despote perd le 1er tour de l’élection présidentielle, au bénéfice de Morgan Tsvangirai, le chef de l’opposition. Malheureusement, ce dernier a été contraint de se retirer suite à de graves violences durant le 2e tour. Robert Mugabe emporte l’élection par défaut.

Au grand damne de son peuple, Mugabe a encore été réélu en juillet 2013 pour un nouveau mandat de 5 ans à la tête du Zimbabwe.

Coup de théâtre toutefois ! La tyrannie de Robert Mugabe est en train de toucher à sa fin le mercredi 15 novembre 2017.


Pour le chef d’État de 93 ans, il ne s’agit pas tout à fait d’une fin en toute en beauté. Quel va être l’avenir du pays ? Les opposants prendront-ils le pouvoir ? Le Zimbabwe retrouvera-t-il son âge d’or ? Ces questions seront honorées par l’avenir. Quoi qu’il en soit, s’il y a une seule chose qui est certaine, c’est que le légendaire Robert Mugabe, qui est aujourd’hui détenu à domicile par l’armée, aura fait sensation jusqu’au bout de son règne : ses fidèles pleurant ce coup d’État, les opposants hurlant leurs joies, les uns lui rendant un fier hommage pour son long règne.

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