À la redécouverte du « hira gasy »5 minutes de lecture

Le « hira gasy » est un art inventé pendant le règne d’Andrianampoinimerina. Dans sa politique d’unification du royaume Merina, il l’utilisait pour attirer la foule avant ses discours. Actuellement, malgré une influence marquée de courants musicaux d’origine étrangère, le « hira gasy » résiste encore, surtout dans les milieux ruraux. Zoom sur cet art, une institution dans la culture malagasy.

Les musiciens d’un groupe de « hira gasy« 

Les origines du « hira gasy »

Le « hira gasy » ou « Chanson malagasy » figure parmi les traditions musicales des hauts plateaux de la Grande Ile. C’est le roi Andrianampoinimerina qui en fut le concepteur. Les musiciens royaux précédaient les discours politiques du roi lors de sa campagne de réunification du Royaume Merina au XVIIIe siècle.

Le « hira gasy » de nos jours

Dans le paysage musical contemporain malagasy, le « hira gasy » a su garder ses titres de noblesse. C’est un style musical encore apprécié, surtout par la population rurale qui représente les 80 % des Malagasy. En effet, le « hira gasy » est toujours un outil de communication efficace. Les troupes y véhiculent des messages forts allant des critiques politiques, religieuses, en passant par les problèmes quotidiens et les conseils. Des messages et des enseignements qu’on ne trouve pas [ou plus] dans les paroles – de la plupart – des « artistes » malagasy, obnubilés par le « Kolom-body » ou culture du postérieur. D’ailleurs, bon nombre de politiques malagasy engagent des « mpihira gasy » pour leurs campagnes électorales.

Le caractère du « hira gasy »

Le nom des troupes de « hira gasy » est standardisé. Il est composé du nom [parfois complète] du fondateur et sa ville d’origine (ex. : Ramilison Fenoarivo, Dada Edy Farahantsana, Dada Pasy Ambohijafy, etc.). Idem aussi pour le « look » des membres : manteaux rouges à rever bleu marine ou noir, chapeaux de paille et pantalon sombre pour les hommes et robes longues à froufrou et de couleur vive avec du « lamba » pour les dames. La robe « mpihira gasy » est du même style que celles portées par les membres de la cour pendant la période impériale.

Même si le « hira gasy » est un art musical malagasy, les instruments utilisés sont d’influences européennes. En effet, les musiciens des troupes jouent des violons, des « sodina » (flute), des trompettes, des grosses caisses, l’accordéon et des clarinettes. Les musiciens de « hira gasy » sont exclusivement des hommes. Les rôles des femmes se limitent au chant et parfois à la danse.

Comme tout groupe artistique, les troupes de « mpihira gasy » ont un leader. Il s’agit généralement du membre le plus âgé. La tradition malagasy de faire honneur aux ainés oblige.

Figure de danse lors d’un spectacle de « hira gasy »

Comment se déroule le « hira gasy » ?

Le spectacle de « hira gasy » se divise en plusieurs étapes : le « sasitehaka », le « Kabary », le « Renihira », le « Dihy » et le « Zanakira ».

  • Le « Sasitehaka »

Il marque le début du show. Les membres masculins de la troupe de « mpihira gasy » traversent la foule et s’installent au milieu des spectateurs. Durant leur entrée, les batteurs jouent un rythme militariste. Une petite chorégraphie peut être initiée, souvent par les membres les plus jeunes — voire même les enfants.

  • Le « Kabary »

Le « Karaby » ou art oratoire est réalisé par le leader du la troupe. Il prend la parole et pour honorer la foule, il enlève son chapeau. Il annonce le début du spectacle et appelle les membres féminins à entrer sur « scène ». Une fois la troupe complète, une courte performance — une brève chanson — est entonnée et ce n’est qu’après que le « mpikabary » reprend la parole et annonce le thème du spectacle.

Comme dans tous discours malagasy, le « kabary » lors d’un « hira gasy » est ponctué d’« ohabolana » ou proverbes populaires.

  • Le « Renihira »

Il est à noter que lors d’un spectacle de « hira gasy », les chanteurs forment un cercle en se tournant vers les spectateurs. Les musicieux, quant à eux, se trouvent au milieu.

Lors du « Renihira » (ou chanson reine), tous les détails du thème sont abordés et développés. Les chansons sont parfois à 4 voix (soprano, alto, ténor et basse). Sur certains passages, des parties en solo peuvent se faire entendre. Typique du « hira gasy », le « Renihira » peut durer des heures et les chanteurs accompagnent leurs paroles de gestes emphatiques ainsi que d’expressions scéniques.

  • Le « Dihy »

Le « Dihy » (ou danse) suit le « Renihira ». Durant cet acte, les chanteurs s’assoient par terre et font place à un ou 2 danseurs, parfois les plus jeunes de la troupe. Actuellement, on trouve de plus en plus de jeunes enfants faire le « Dihy », au grand bonheur des spectateurs.

La chorégraphie d’une durée de 15 min est avant tout présentée et expliquée à la foule avec le « Kabarin-dihy ». La danse est habituellement en rapport avec aux sujets abordés lors du « Renihira ». Les danseurs font aussi des figures acrobatiques, mais également des figures d’arts martiaux ancestraux malagasy.

Un jeune danseur, membre d’une troupe de « mpihira gasy ».
  • Le « Zanakira »

Dernière partie d’un spectacle de « hira gasy », elle dure environ une vingtaine de minutes.

Si deux troupes de « mpihira gasy » s’affrontent, cette partie de « vakodrazana » est exécutée en même temps par les protagonistes.

Il s’agit d’une sorte de « conclusion » ou du « résumé » des thèmes abordés par les troupes adversaires. Le « Zanakira » est comme le « Renihira » ; un acte en chansons.

Avenir du « hira gasy »

Dans les milieux urbains, le « hira gasy » est parfois éclipsé par les musiques à influences étrangères. Heureusement que dans les brousses, les « mpihira gasy » aient encore la côte et le « hira gasy » reste un art apprécié.

Le « hira gasy » fait partie de l’identité culturelle malagasy et la jeunesse devrait le [re]découvrir. Des spectacles de cet art folklorique sont proposés au jardin d’Ambohijatovo dans le cadre de l’évènement : « Hira gasy makotrokotroka » qui est à sa 8e édition.

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