Andrarakasina : la colline sacrée oubliée de l’Imerina5 minutes de lecture

Andrarakasina revêt une dimension historique et sacrée. De son ancien nom Mandrarakasina (« mandraraka hasina » qui peut être traduit en « partager les vertus »), cette colline à l’Est d’Antananarivo, à une vingtaine de kilomètres d’Ambatomanga, a été toujours considérée comme une colline sacrée,  haut lieu des Menalamba. Partons à sa découverte.

Les premiers habitants d’Andrarakasina

Andriantanety, un vazimba descendant d’Andrianambonivato, aurait été le premier habitant d’Andrarakasina. Selon les traditions orales, Andriantanety viendrait de Lohalambo, une ville du côté de Tsiafahy, au Sud d’Antananarivo. Ce sont les descendants d’Andrianatanety, qui ont été appelés plus tard les Zanakabonivato. D’après les historiens, le tombeau d’Andriantanety se trouverait au sommet de la colline d’Andrarakasina.

Andrarakasina à l’ère Andrianampoinimerina

Durant l’ère d’Andrianampoinimerina et sa campagne de réunification et de pacification, la colline d’Andrarakasina a été conquise sans heurts, à l’opposé des autres villes de l’Imerina. Les habitants d’Andrarakasina n’ont en effet manifesté aucune résistance devant l’armée d’Andrianampoinimerina.

Une fois tout l’Imerina conquis et réunifié, Andrarakasina faisait partie du « Vakin’ny Sisaony », un des « merina 6 toko » (les 6 régions de l’Imerina). Ces 6 circonscriptions étant : Avaradrano, Vakin’ny Sisaony, Marovantana, Vonizongo, Vakinankaratra et Ambodirano.

Une colline des plus sacrées

Selon les recueils historiques, la colline d’Andrarakasina a été considérée comme une colline des plus sacrées (« masina dia masina indrindra »). Cette haute distinction a son origine à cause de 2 faits complémentaires.

Lieu de refuge pour les adeptes des cultes ancestraux

En 1869, Ranavalona II, la première reine malagasy convertie au christianisme, a ordonné la destruction des idoles royales (« sampin’andriana »), sans pour autant interdire la pratique du culte ancestral malagasy.

Si la plupart de la population suivait la reine dans sa nouvelle religion, les habitants d’Andrarakasina maintenaient leur pratique et c’est ainsi que cette colline sacrée est devenue le refuge pour ceux qui suivaient encore la tradition.

Il est aussi à noter qu’avant d’être transférée à Ambohitany, l’idole royale (« sampin’andriana ») « Ramahavaly » a été conservée à Andrarakasina.

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La colline et sa forêt sacrée

Andrarakasina, abrite aussi une forêt sacrée. La coupe, la cueillette y sont strictement interdites, comme c’est le cas pour la colline d’Ambohimanga. En effet, les plantes sur cette colline possèderaient des vertus pour guérir des maladies ou faire des sortilèges.

Il est à noter que pendant la royauté, chaque mois d’Alakaosy, le peuple officiait des sacrifices à Andrarakasina, qui est devenue un lieu de pèlerinage.

De nos jours, cette colline est encore un lieu de culte. On trouve en effet au sommet de la colline le doany d’Andriatsihoarana et de Raketamanga et leur source sacrée. Beaucoup de Malagasy, adeptes des cultes aux ancêtres et aux esprits, y viennent pour demander de la bénédiction.

doany andriatsihoarana
Le doany d’Andriatsihoarana, au sommet d’Andrarakasina, à 1 600m d’altitude.

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Andrarakasina et les « Menalamba »

Dans le cadre de la lutte pour l’indépendance, des « Menalamba » se sont installés à Andrarakasina, du fait de sa position stratégique. La colline est située en effet à proximité de la route nationale reliant Antananarivo et Toamasina. Elle est même devenue le siège de ce mouvement populaire pour la circonscription du « Vakin’ny Sisaony ».

Selon les mémoires de Borbal-Combret (1852- 1924), un officier du corps expéditionnaire français, Andrarakasina abritait des milliers de « Menalamba ». Ils formaient une communauté indépendante, organisée en hiérarchie.

Face aux menaces que constituaient les « Menalamba » d’Andrarakasina, la France a déployé des moyens militaires considérables pour conquérir la colline sacrée. Les colons ont été appuyés par des tirailleurs algériens et sénégalais.

Malgrè les moyens mis en œuvre, la prise d’Andrarakasina n’a pas été facile pour les Français. Il a fallu près de 1 mois aux colons pour vaincre les « Menalamba ».

Menalamba
Andrarakasina était le siège des Menalamba de la circonstruction du « Vakin’ny Sisaony ».

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Tsy « resy tsy niady » : réécrire l’Histoire de Madagascar

Pour rétablir la vérité sur l’Histoire de Madagascar, il est peut-être temps de revoir les faits historiques qui se sont déroulés. En effet, la plupart des livres et recueils historiques durant la colonisation, ont été rédigés par des français. Et l’on peut reconsidérer leur neutralité.

Prenons le cas de la lutte pour l’indépendance de Madagascar. La grande majorité des livres relatent que la Grande Ile a été conquise facilement, que les Malgaches – les mouvements nationalistes – n’ont pas – ou peu – résisté. Ce qui n’est réellement pas le cas si l’on considère le cas d’Andrarakasina, où les « Menalamba » composés de milliers d’hommes et de femmes ont bataillé pendant près de 1 mois contre l’armée française et ses tirailleurs. Les affrontements ont fait sans doute de nombreuses victimes pour les 2 camps, mais cela n’est mentionné nulle part. 

Notons-le : « Un peuple qui ignore son histoire, est un peuple qui ne sait pas où il va. »

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