Le « Colisée de la honte » : Un caprice présidentiel va aboutir à un suicide culturel6 minutes de lecture

Colisée de la honte Manjakamiadana Rova Kianja Masoandro-min

En admirant ce monument, les visages se pétrifient comme pour dire la fascination. Le regard se porte sur 4 tours géantes qui ornent des façades habillées de fenêtres arquées. Il s’agit d’un édifice à la symétrie parfaite.

Les touristes, mais également les locaux, sont sidérés face au fameux Rova de Manjakamiadana. Aucun texte, image ou récit ne pourra décrire l’aura que dégage ce monument. 

Hélas, ce palais royal, symbole de la monarchie Merina, est sur le point de perdre son identité. En cause : un infâme Colisée !

Audacieux pour les uns, souverain tyrannique et mégalomane pour les autres, Andry Rajoelina est au cœur de la tempête médiatique que suscite le Kianja Masoandro, surnommé désormais le « Colisée de la Honte ». Dans la presse et sur les réseaux sociaux, le Président hérite de plusieurs surnoms imagés : « Radama XIII », « Pseudo César malgache », « Andriux Rajoelinux »…

Car cet édifice est loin de faire l’unanimité ! Beaucoup trouvent que son style gallo-romain est totalement inadapté à l’architecture du Rova. Certains craignent que ce Colisée risque de défigurer complètement la colline sacrée de Manjakamiadana.

Un « Colisée » qui suscite les polémiques et les controverses

En exposant au grand public, ce mois de mai, un programme de construction dans l’enceinte du Palais de Manjakamiadana, Andry Rajoelina, ne savait certainement pas quelle polémique il susciterait. L’œuvre de l’entreprise française Colas, surnommée le « Palais de l’Arène » ou le « pseudo colisée » a provoqué un tollé national.

Le débat agite actuellement la classe politique dans un pays en proie à une crise sanitaire sans précédente. Par-delà la question de l’insertion d’une œuvre « inesthétique » dans un site sacré, l’affaire du « Palais de l’Arène » révèle la sensibilité des Malgaches sur le maintien de l’authenticité du Rova de Manjakamiadana.

Ce mois de mai, dans une violente campagne de dénonciation, les associations, les riverains, mais aussi la diaspora, ont demandé l’arrêt des travaux. De nombreuses protestations, des débats violents sur les chaines de télévision, des pétitions en ligne… l’affaire du « Colisée du Rova » mobilise plusieurs acteurs et divise un grand nombre de Malgaches.

Selon ses dires, la Présidence a entrepris ces travaux en vue de « promouvoir la culture pour asseoir l’identité culturelle malagasy ». Cependant, dans leur commande faite à Colas, les autorités ne semblent pas respecter cet objectif. Pour certains, le fait d’installer un amphithéâtre aux allures de Colisée romain dans ce site sacré est esthétiquement impossible. Consultés, les conservateurs refusent tout bonnement l’édification d’une telle œuvre dans la cour du Rova de Manjakamiadana et considèrent que ce monument devrait être conservé dans son intégrité initiale.

Les journaux du Pays consacrent leur Une à l’affaire, les invectives à l’endroit des dirigeants abondent sur les médias sociaux… le ton des différents acteurs devient de plus en plus agressif. Progressivement, la campagne contre l’édification du colisée s’attache le soutien de personnalités pour ne citer que le Général Ramakavelo, Alban Rakotoarisoa, Rafolo Andrianaivoarivony et récemment l’ancien président Marc Ravalomanana. Certains opposants appellent à un référendum. Outre les insultes adressées au pouvoir actuel, les détracteurs condamnent également un gaspillage de l’argent public. En effet, pas moins de 5,9 milliards d’ariary (1,4 million d’euros) ont été consacrés aux travaux de réhabilitation.

« De nombreux membres des Comités scientifique et technique ont soulevé l’incongruité du projet au Palais Présidentiel avec le Chef de l’État, mais, semble-t-il, Andry Rajoelina, initiateur du projet, est resté inflexible, malgré les arguments et explications qui lui ont été abondamment fournis. Aussi, afin d’éviter une crise ouverte avec le Président de La République, ICOMOS-Madagascar a-t-elle fini par juger plus sage de se taire. » La gazette de la Grande Ile.

Un caprice présidentiel qui débouche sur un génocide culturel

Quel était l’état d’esprit de l’initiateur de ce projet ? S’agit-il de protéger le patrimoine ou juste d’un caprice présidentiel qui s’apparente à un véritable génocide culturel ? Dans tous les cas, l’édification de ce Colisée de pacotille n’est pas sans conséquence sur de nombreux points :

1) Atteinte à la sacralité du Rova de Manjakamiadana 

Le Colisée siège désormais sur l’ancienne piscine sacrée d’Andrianampoinimerina. Un malgache digne de ce nom ne s’aventurerait pas à enterrer un artefact témoin de l’histoire.

2) Atteinte à la richesse culturelle de Madagascar

N’est-ce pas absurde d’ériger un amphithéâtre aux allures gallo-romaines au sein même d’un Palais qui constitue un symbole de la royauté malgache ? Ce projet ne s’apparente-t-il pas à un massacre des valeurs malgaches, à la profanation de la mémoire collective ?

3) Incompatibilité des styles architecturaux

Ce monument grossier ne va-t-il pas défigurer le Rova de Manjakamiadana et rompre sa parfaite harmonie ? C’est ce qu’affirme en tout cas le Professeur Andrianaivoarivony qui explique que le style architectural du « Kianja Masoandro » est non conforme à l’environnement visuel originel du Rova.

4) Risque d’affaissement d’une colline déjà fragile

N’est-il pas sans rappeler que les rochers et le sol sur la colline historique de Manjakamiadana sont déjà altérés ? Que la zone présente des risques d’éboulement, surtout en période de pluies ? Le site supportera-t-il une telle structure ?

5) Quid de l’inscription de la Haute Ville d’Antananarivo au patrimoine mondial de l’UNESCO

Dernier point et non des moindres : La construction de ce Colisée en béton au sein de l’enceinte royale du Rova menace sérieusement l’inscription de la haute ville d’Antananarivo au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Si notre César national voulait laisser sa marque sur l’histoire, ne pouvait-il pas choisir un autre lieu et ainsi ne pas courir le risque de détruire le patrimoine culturel de Madagascar ? Hélas, le mal est déjà fait, la construction du « Colisée de la discorde », comme le souligne le journal Le Monde, est sur le point de s’achever.

Andry Rajoelina a certainement conscience de l’opinion publique au sujet de l’édification de ce Colisée. Reste à savoir si le Président aura le courage de revenir sur ses pas et écouter la voix du peuple. 

Réseaux sociaux : Compilation des publications les plus pertinentes concernant ce « colisée » controversé

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