Ranavalona I : la reine malgache idolâtrée, détestée et controversée4 minutes de lecture

Ranavalona I : la reine malgache idolâtrée, détestée et controversée

Après de longues décennies de diabolisation, Ranavalona 1ere, aussi connue sous le nom de Ramavo ou de Rabodonandrianampoinimerina, est remise à l’honneur auprès de la population malgache.

Pour la plupart des héritiers de la mentalité judéo-chrétienne, la figure de Ranavalona 1ere est facile à comprendre : c’est une femme vile, sordide, féroce… Elle correspond, dans l’imaginaire collectif, à une reine sans cœur, païenne et dénuée de compassion. Certaines presses étrangères, historiographies chrétiennes et coloniales jouent d’ailleurs avec cette vision manichéenne. En témoigne l’article de Sudouest.fr intitulé « Le Gascon amant de Madagascar» ainsi que le film malgache « Ilay boky nodorana nefa tsy levona » (et tant d’autres) qui décrivent la reine comme étant un être sanguinaire.

Jean laborde et Ranavalona I
En plus d’être l’architecte de Ranavalona I, Jean Laborde serait accessoirement son amant.

Ranavalona I et son amour pour les coutumes malgaches

Longtemps considérée comme cruelle, symbole d’obscurantisme, anti-christ et surnommée « Caligula femelle » par les occidents, Ranavalona fait son comeback dans le cœur des Malgaches qui souhaitent redorer le blason des traditions. La résurgence de ce personnage emblématique, que ce soit à la télévision ou sur les réseaux sociaux, est probablement due à la fois à l’intérêt croissant porté aux coutumes ancestrales, mais aussi aux analyses des mémorialistes concernant les visions indépendantistes et nationalistes de cette reine d’envergure.

Pour vous donner une idée de la ferveur patriotique de cette souveraine, nous vous invitons à lire son discours du 26 février 1835 à l’endroit des Français et des Anglais présents à Madagascar durant son règne.

« À tous les Européens, Anglais ou Français, en reconnaissance du bien que vous avez fait à mon pays, en enseignant la sagesse et la connaissance, je vous exprime tous mes remerciements. J’ai pu être témoin de ce que vous avez été pour Radama, mon prédécesseur, et, depuis mon avènement, vous avez continué à rechercher le bien de mes sujets. Aussi je vous déclare que vous pouvez suivre toutes vos coutumes. N’ayez aucune crainte, car je n’ai nullement l’intention de modifier vos habitudes.

 

Mais si je vois quelques-uns de mes sujets vouloir changer le moins du monde les règles établies par les douze grands rois, mes ancêtres, je n’y saurai consentir ; car je ne permettrai pas que les hommes viennent changer quoi que ce soit à ce que j’ai reçu de mes ancêtres, dont j’ai accepté, sans honte et sans crainte, toutes les idées. Il vous est loisible d’enseigner à mon peuple la science et la sagesse ; mais quant à ce qui est de toucher aux coutumes des ancêtres, c’est un vain travail, et je m’y opposerai entièrement.

 

Aussi, en ce qui concerne la religion, soit le dimanche, soit la semaine, les baptêmes et les réunions, j’interdis à mes sujets d’y prendre part, vous laissant libres, vous, Européens, de faire ce que vous voudrez.

 

Signé : Ranavalonamanjaka »

Retour sur l’histoire de la plus grande reine de Madagascar

Alors, finalement, la reine Ranavalona I ne serait-elle pas la meilleure souveraine que Madagascar ait jamais connue ? La question mérite d’être posée tant elle a été diabolisée dans les mœurs et à l’école. Car effectivement, dès notre tendre enfance, on nous rabâchait sans cesse l’aversion de Ranavalona I pour le christianisme. Or, la réalité est tout autre. Son objectif était tout simplement de moderniser le pays tout en protégeant les us et coutumes malgaches.

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C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle prononça la laïcité des écoles établies par les Anglais, leur interdisant de donner des cours de religion pour le grand respect des traditions malgaches. On se souviendra notamment de son allocution restée dans les mémoires « Je ne ressens ni honte ni crainte au sujet des coutumes de mes ancêtres ».

Hélas, même si les historiens et autres patriotes des temps modernes ont lancé de massives campagnes de dédiabolisation à l’encontre de cette reine emblématique, celle-ci reste mal-aimée notamment par ceux et celles qui se sont convertis au christianisme.

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