Orgie, sexe en groupe… une tradition autrefois ancrée à Madagascar5 minutes de lecture

Orgie, sexe en groupe… une tradition autrefois ancrée à Madagascar

Même si cela semble difficile à croire, les Malgaches d’autrefois étaient adeptes d’une pratique sexuelle assez étonnante, voire inadmissible, dans le champ limité de la culture chrétienne actuelle. Nous parlons ici d’orgie, une débauche sexuelle regroupant plusieurs personnes. Cette tradition sexuelle invraisemblable a attiré notre attention du fait qu’elle implique un immense contraste avec les coutumes malgaches d’aujourd’hui.

Vala be, Fiandravasana, Tsimandrimandry… Ce rite endossait plusieurs dénominations selon les régions de Madagascar où elle était pratiquée.

Le mythique « Vala be » du royaume de l’Imerina

Expression

Vala be

Définition en français

Liberté d’avoir des relations coupables dans toutes les castes (Abinal)

Définition en malgache

Fahazoana miliba manao fitondran-tena ratsy na amin’ olona foko inona na amin’ olona foko inona (Rajemisa)

 

L’étymologie du terme « Vala be » se réfère à un grand champ (ou une grande rizière). C’est à partir du XVIIIe siècle, à l’époque du roi Andriamasinavalona, que le terme détient une connotation sexuelle. Dès lors, le mot « vala be » désigne un jeu de l’excès orgiaque ayant pour but l’exaltation collective.

Son origine est très ancienne et remonte aux temps royaux. Cette cérémonie qui, selon les traditionalistes et les académiciens, nous vient d’Asie, était tenue une fois par an durant l’« afo tsy maty » ou feu éternel (certains historiens aiment également l’appeler « fo tsy aritra »), veille du jour de la première lune du mois d’Alahamady (alahamadibe) ou Nouvel An malgache qui coïncidait avec la période du fandroana ou bain des rois (entre mars et avril).

À l’origine, cet acte orgiaque nocturne était pratiqué en secret parmi les familles royales de l’Imerina. On l’appelait alors « Lapa be ». Ainsi, durant la veille de l’Alahamadibe, le roi (ou la reine) organisait des orgies sexuelles avec des courtisanes au palais. Hommes et femmes, appartenant à la caste « Andriana », prenaient part à la célébration.

Plus tard, elle devint publique et était célébrée dans tout le royaume de l’Imerina. Sa Majesté réunissait le peuple (vahoaka) dans la cour du palais et donna le signal de départ de l’orgie. Cette pratique ne considérait ni statut social ni lien matrimonial. Durant cette nuit, chaque individu pouvait donc s’adonner à la débauche, quelle que soit sa caste (andriana, hova ou andevo).

Le saviez-vous ? La reine Ranavalona I (1788 – 1861) avait une vie sexuelle débordante. Les historiens racontaient que certaines nuits, on offrait à la reine un esclave, qui le lendemain matin était mis à mort à Ambanidia.

Chaque individu participant aux rites était censé être « propre », ce qui veut dire que les femmes qui avaient leurs règles étaient interdites de participation.

La célébration prend fin à l’aube du Nouvel An malgache. Viennent alors les rites du « saforano misandratr’andro » (rituel de la bénédiction), celui du « Tatao » (consommation de riz arrosé de miel et de lait), du « Nofo-kena mitam-pihavanana » (partage de la viande de zébu) et du « Zara hasina » (rituel d’offrande aux ancêtres).

Vous pouvez vous rendre dans cet article pour en savoir davantage sur l’origine et les rituels de célébration traditionnelle du Nouvel An malgache.

Après la christianisation de Madagascar, le vala be, perçu comme dangereux pour la cohésion politique et contraire aux valeurs chrétiens, fut aboli.

Le saviez-vous ? Andrianampoinimerina ne se décida à désigner son successeur qu’après une cérémonie de « lapa be ». Selon la légende, le roi nomma Radama 1er en tant que digne héritier du trône, dû au fait qu’il était le seul « rescapé » (misondro-mandry) à la suite d’une nuit orgiaque.

Il n’y avait pas que les Merina qui s’adonnaient à l’orgie sexuelle… les Betsileo, les Sakalava, les Antefasy aussi !

Chez les Antefasy (région de Farafangana)

Lors de funérailles, la foule se rassemble dans la cour. Un homme monte sur le toit de la maison du défunt et donne le signal à l’aide d’une conque. Une fois le son retenti, les hommes attrapent chacun une femme et touchent leurs seins et leurs parties génitales (sans toutefois faire de pénétration sexuelle).

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Chez les Betsileo (province de Fianarantsoa)

Lorsqu’un Betsileo meurt, on organise une « veillée des morts ». Les voisins et la population environnante sont conviés. Les veilleurs se livrent ensuite à une débauche d’alcool et une orgie sexuelle durant 3 jours. On appelle cette cérémonie le « Fiandravasana ».

Chez les Sakalava (province de Majunga)

Lors des rites funéraires princiers, la nuit qui précède l’inhumation est une nuit d’orgie.

La cérémonie du Fitampoha (Fanopoam-be) ou « bain des reliques royales » se tient tous les 5 ans à Belo sur Tsiribihina et dure 7 jours. Ce rite consiste à honorer le souvenir des rois sakalava. Avant la purification des reliques, la foule s’adonne à des orgies sexuelles durant le « Tsimandrimandry », traduit littéralement nuit blanche.

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Interrogations

L’on peut comprendre ainsi que ces pratiques que nous venons d’évoquer dans cet article faisaient partie de la culture malgache (« kolontsaina malagasy ») avant l’arrivée et la domination de la culture occidentale, plus précisément du Christianisme.  Si nos aïeux participaient régulièrement à des orgies et que de nos jours, certains comportements sexuels sont décriés, quelle serait donc la véritable définition du « soa toavina malagasy » ?

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