Sorcellerie à Madagascar Ody Gasy Mythe ou réalité

Sorcellerie à Madagascar : « Ody Gasy », mythe ou réalité ?

Depuis sa tendre enfance, le Malagasy est baigné dans une abondance d’histoires de sorciers, de revenants, de « Mpamosavy », et d’êtres surnaturels qui ont le pouvoir de traverser les murs pour aller tuer son prochain. En soirée, naguère, les aînés du village autour d’un feu de bois racontèrent des contes d’être malfaisants visant à détruire la vie des humains ou à manger leurs âmes. Toutefois, dans chaque récit de nos grands-parents, les mauvais génies sont toujours terrassés par un esprit céleste bienfaisant qui protège la victime.

Aujourd’hui encore, n’importe où sur Madagascar, ces contes d’enchanteurs et d’enchanteresses pullulent et grâce à la multitude des chaines de télé et de radio, ils prennent une dimension considérable.

Mythe ou réalité ? Telle est la question ! Les cartésiens se demandent alors si la sorcellerie et le surnaturel existent vraiment à Madagascar, question qu’on ne doit jamais poser en public, disent nos aînés, car cela attirerait les sorciers à prouver leur existence en jetant un sort à la personne sceptique. Quoi qu’il en soit, il est difficile, voire impossible, pour un Malagasy de nier l’existence de la sorcellerie à Madagascar.

Piqure de rappel sur la sorcellerie à Madagascar

La sorcellerie à Madagascar est plus connue dans notre pays sous l’appellation de Mosavy. Les traditionalistes malagasy relatent que celle-ci a été introduite par les Arabes et les Africains. Notre pays présente toute une palette de coutumes et de représentations sorcellaires.

Dans nos traditions, on dénombre 3 types de praticiens de la Magie :

  • Le sorcier ou « Mpamosavy » : qui recourt à la sorcellerie malveillante pour nuire à autrui.
  • Le diseur de bonne aventure (devin) ou « Mpanandro » : qui a le pouvoir de prédire l’avenir, d’identifier les personnes qui vous veulent du mal, etc.
  • Le tradi-guérisseur ou « ombiasy » encore appelé « mpisikidy » : sa mission consiste à briser les mauvais sorts en fournissant à ses clients des gris-gris.
Mpanandro à Madagascar
Le “fanandroana”, l’un des pilier de l’astrologie Malagasy

Parmi ces 3 personnages, le « Mpamosavy » est généralement une femme, tandis que le « mpisikidy » et le « Mpanandro » sont toujours presque des hommes.

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Dans l’univers de la sorcellerie à Madagascar, on distingue également 3 types de charmes utilisés par les pratiquants :

  • Les mauvais charmes ou ody ratsy (ody mahery) : ils sont destinés à nuire à autrui, voire à tuer.
  • Les charmes standards : ils peuvent être utilisés à la fois par les tradi-thérapeutes et les « Mpamosavy ».
  • Les charmes guérisseurs : très prisés des tradi-guérisseurs, ils conjurent les sorts et préservent du mal.

Classifications des sortilèges maléfiques à Madagascar

Vous l’aurez vu, il existe 3 types de charmes (mauvais, standard, bon) en matière de sorcellerie à Madagascar. Néanmoins, on va particulièrement s’intéresser aux mauvais sortilèges que l’on pourra classifier en fonction de leur action, de leur mode d’administration et de leur intensité.

Ainsi, on pourra distinguer 5 principales familles de sortilèges dans la Grande Ile.

1re famille de sortilège) le vorika (empoissonnement par les aliments)

Cette famille de sortilège vise principalement à tuer la victime. Le « Vorika » est introduit dans un aliment que l’on va offrir à la personne visée. Il peut être soit un produit fini (réactifs chimiques), soit un organe empoisonné d’animal sauvage ou bien de la poudre ou sève de plantes vénéneuses.

2e famille de sortilège) le « hazary »

Ce type de charme se singularise de par son côté ambivalent. En d’autres termes, le « hazary » peut être à la fois mauvais (hazary ratsy) ou bien bénéfique (hazary tsara). Celui-ci rapporte à l’exploitation d’un terroir ou à l’occupation d’un sol.

Par exemple : lors de la construction d’une maison ou de l’aménagement d’une rizière ou de toute autre infrastructure, le propriétaire doit recourir aux services d’un « Mpanazary » (celui qui maitrise le hazary). Ce dernier vise à demander aux esprits des lieux la permission d’exploiter ou de  vivre sur les terres.

A contrario, une personne malintentionnée peut faire appel à un « Mpanazary » pour ensorceler un champ ou bien une habitation, et ce dans le but de nuire à autrui. Ainsi, les esprits des lieux se révolteront contre l’exploitation du terrain en terrifiant ses acquéreurs.

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3e famille de sortilège) le « mosavy » des relations amoureuses ou « ody fitia »

Cette troisième famille de sortilège a actuellement le vent en poupe. Ce type de charme vise à fidéliser ou à attirer une personne que l’on convoite. Le plus célèbre des « mosavy » des relations amoureuses est sans doute le « fanaingalavitra », traduit littéralement « capable de faire venir de loin ». Celui-ci est un charme sorcellaire qui a le pouvoir de faire venir une personne que l’on désire, quel que soit la distance ou le temps.

4e famille de sortilège) le « tolaka » (le sort de méchanceté)

Le « tolaka » est un sortilège assez complexe étant donné qu’il recourt à l’astrologie. Son objectif est de nuire à une personne, voire le tuer. Pour ce faire, le sorcier choisira un jour contraire à celui de la naissance de la future victime (andro mifandratra) pour réaliser son incantation. Il rassemblera les matériels de gris-gris nécessaires (bouts de bois, perles, terre…) pour ensuite souhaiter du mal à la personne visée.

5e famille de sortilège) « l’andahiny » ou « tena mosavy »

Il s’agit sans doute de la plus virulente des sortilèges. L’Andahiny vise à éliminer directement une personne que l’on ne porte pas dans son cœur. Avant de mourir, la victime devra subir de grandes souffrances à la fois psychologique et physique. Et qui plus est, seul le sorcier qui a mis en œuvre l’andahiny possède l’antidote pour guérir la personne visée. Le recours à d’autres devins guérisseurs est donc inutile dans ce cas de figure. Ce type de sortilège est spécialement très prisé dans les régions Sakalava, Betsimisaraka et Sihanaka.

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Les « Doany » : de hauts lieux de culte traditionnel malagasy

Le culte traditionnel subsiste toujours chez les Malagasy en dépit de la prolifération des églises sur le territoire. La terre sacrée de Madagascar, que ce soit au Nord, au Sud, à l’Ouest ou à l’Est, abrite ainsi plusieurs « Doany » pour mettre en  œuvre des séances d’animismes, de chamanisme ou même d’ophiolâtrie.

Le Doany d'Ikingory
Le Doany d’Ikingory

Les Doany sont en fait des lieux sacrés. Il peut s’agir de tombeau, de pierre, de source d’eau ou d’un endroit marqué par un ancêtre. Le Doany situé à Ankazomalaza, près du Rova d’Ambohimanga, protège par exemple le célèbre bâton du Roi unificateur Andrianampoinimerina que les “Mpiandry Doany” conservent farouchement.

Le Doany d'Andriadrano
Le Doany d’Andriadrano

Les fidèles de la religion traditionnelle rendent visite à ses sanctuaires sacrés dans le but de soigner une maladie incurable ou de demander une bénédiction. Une fois le vœu exaucé, la personne bénie se doit de revenir sur les lieux pour offrir une offrande aux esprits. Ces hauts lieux de cultes reçoivent en moyenne 50 personnes et plus d’une centaine les week-ends. Au moment du Nouvel An malagasy (taombaovao Malagasy), par exemple, les gens y viennent en masse. Les Doany ne reçoivent pas le mardi et le jeudi, car ce sont des « andro fady » ou jours interdits.

Autre fait étonnant : les partisans du culte traditionnel viennent de tous les milieux sociaux, qu’il s’agisse d’homme d’État ou de simples fonctionnaires. Force est également de constater que les chrétiens se rendent également sur place. En effet, le samedi,  ils viennent au Doany demander l’aumône auprès de leurs ancêtres  et assistent à la messe le dimanche.

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Conclusion : la sorcellerie est une réalité malagasy et reste omniprésente dans les mentalités

Même si elle est reconnue depuis toujours comme étant très puissante, voire destructrice, la sorcellerie fait partie de la vie traditionnelle de Madagascar et n’est pas prête de prendre la poudre d’escampette. Malgré l’accroissement du savoir moderne de l’occident, la croyance dans l’existence de la sorcellerie à Madagascar reste très tenace.

Bref, la sorcellerie est ancrée dans l’inconscient collectif des Malagasy !

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