Sorcellerie & code pénal malgache : un sujet d’une complexité sans nom !5 minutes de lecture

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À Madagascar, le culte des ancêtres et la religion traditionnelle commencent à être mal vus. Or, ces pratiques font partie intégrante de l’identité nationale et de la culture malgache.

Instrumentalisation du Code pénal pour réprimer les adeptes du culte des ancêtres

La récente condamnation récemment engagée contre un citoyen malgache pour le port d’un « moara » (ou mohara) à Morondava met en lumière une situation pour le moins farfelue : le délitement de la culture traditionnelle, aggravé par la montée en force du christianisme, favorise la répression des adeptes de religions traditionnelles. 

Dire du mal ou pas des pratiques traditionnelles n’est nullement le sujet de cet article, mais ce que l’on sait, c’est que ces rites sont toujours ancrés dans la réalité des Malgaches. Mais depuis quelques années, l’accusation pour pratique du culte ancestral, accusé à tort comme de la sorcellerie, est devenue un sport national à Madagascar, mais aussi dans d’autres pays d’Afrique. Ce qui n’est plus le cas en occident où ce type de délit a fait place à l’infraction pénale d’escroquerie.

En Europe, par exemple, la pratique de la sorcellerie a été dépénalisée dans le courant du XIIe siècle. Ce déclin de la répression de l’occultisme s’explique notamment par l’évolution de la mentalité et de la médecine.

Certes, nul délit ne doit rester impuni et la sorcellerie à dessein malfaisante comme l’empoisonnement (vorika) doit être condamnée. Cependant, la répression de l’infraction de sorcellerie et tout ce qui y touche est une action d’une extrême complexité pour les juristes.

Outre ce caractère ambigu, le Code pénal malgache qui sanctionne l’occultisme est lacunaire, voire très flou, ce qui accentue la répression des adeptes de la religion traditionnelle.

mohara et ody gasy

Mais que dit le Code pénal malgache à ce sujet ?

Juridiquement parlant, que peut-on dire sur la pratique des cultes traditionnels et de la sorcellerie ?

Selon l’article 473 du Code pénal malgache « Seront punis d’une amende depuis 2 000 Ariary jusqu’à 100 000 Ariary et d’un emprisonnement jusqu’à 29 jours au plus : les gens qui font métier de deviner, de pronostiquer, d’expliquer les songes, ceux qui détiennent les ody, ceux qui se parent de la qualité de sorciers pour influencer les populations ».

Si l’on entre dans la dissection de cet article, force est de constater que le texte pénal pose comme problème l’absence de définition précise de ce qu’on entend par « ody ». Face à cette omission, on est en droit de se demander si elle est volontaire. Autrement dit, les législateurs ont-ils voulu garder les choses dans le flou ?

En parlant de « ody », le Code pénal met donc dans un même lot, les tradipraticiens (ombiasy), les guérisseurs, les devins (mpisikidy) et les sorciers (mpamosavy), qu’ils soient bons ou mauvais.

D’ailleurs, bon nombre de Malgaches ne font pas encore la différence entre « mpamosavy » et « ombiasy » et cela se comprend dans un contexte où ces 2 personnes recourent aux produits de la nature pour exercer leurs rituels. Ce qui permet d’avancer qu’un éclaircissement juridique est de mise pour faire la part des choses.

Au vu de l’ambiguïté du Code pénal malgache à propos de l’utilisation des « ody gasy », le verdict du procès repose donc sur la prise de position du juge qui, notons-le, est souvent sujette à l’opinion publique, sans parler de ses convictions religieuses. Autant de facteurs qui favorisent ou non la condamnation du prévenu.

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Détention de « ody gasy » : zoom sur le cas Morondava

La question qui se pose est donc de savoir si la personne arrêtée à Morondava pour possession de Moara est punissable.

Si l’on se réfère, au texte pénal actuel, l’article ne lui est pas applicable étant donné que cet homme n’a « influencé personne ».

Cependant, l’article en question sanctionne également la détention de « ody ». Or, il existe de bons « ody » comme de mauvais « ody ». Le « Mohara », comme nous le savons, est un objet dont l’une des fonctions principales, selon les croyances ancestrales, est de protéger son porteur (un « bon ody » donc ?). Il est aussi utilisé pendant des rituels de « tromba ». Certains tradipraticiens utilisent aussi les « Mohara » pour traiter les « vorika ». 

Le texte pénal complique donc la tâche du juge en oubliant (ou en évitant) d’avancer des définitions du terme « ody ». Au vu de ces explications, un détenteur d’« ody » ira donc en prison, qu’il soit un sorcier ou un tradipraticien. Étant donné que ces deux personnes possèdent des « ody » même si leurs utilisations sont différentes.

Par ailleurs, tout individu qui fait appel aux services d’un sorcier et d’un tradipraticien s’expose à des poursuites pénales (du fait de l’utilisation de « ody »).

En conséquence, on note un encadrement juridique lacunaire dans le cadre de la répression des pratiques ancestrales à Madagascar.

Que peut-on en conclure ?

La juridiction coutumière est quasi-inexistante à Madagascar. Les litiges en matière de sorcellerie et de pratiques occultes sont donc rendus dans les tribunaux. Or, les jugements rendus par les juges sont dans la plupart des cas défavorables à l’accusé dès lors où ce dernier a un lien en rapport avec l’occultisme.

Une situation incongrue qui nécessite l’intervention des législateurs pour régler les problèmes que vit la communauté malgache. Alors, ne serait-ce pas temps pour les juristes de débattre de ce problème et d’émettre leur opinion pour trouver des solutions ?

 

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