Les îles Éparses ne seront pas malgaches ! (?)6 minutes de lecture

Les îles Éparses ne seront jamais malgaches ! (?)

Ce sont de petits îlots inhabités, perdus dans l’océan Indien. Pourtant, les îles Glorieuses, Europa, Bassas da India et Juan de Nova provoquent des remous à ne plus en finir chez les socionautes malgaches et français, surtout après la visite de Jean-Yves Le Drian le jeudi 20 février 2020. Les raisons : l’appui budgétaire de 240 millions d’euros et le discours quelque peu évasif de M. Le Drian sur les négociations avec Madagascar concernant les îles Éparses.

Un véritable coup de massue donc pour les Malgaches qui accusent désormais le gouvernement de brader ces îles éparses aux Français… pour des euros.

Jusqu’à aujourd’hui, les îles Glorieuses, Europa, Bassas da India et Juan de Nova sont des îles françaises, administrées par les Terres Australes et Antarctiques Françaises. Mais Madagascar les revendique depuis 1979. Outre la portée symbolique de ces atolls isolés, c’est certainement les eaux territoriales qui les bordent, incluant des zones de pêches ou probablement riches en hydrocarbures, qui attisent les convoitises des uns et des autres.

Les îles éparses, ce sont elles :

Nosy Bedimaky (Bassas Da India)
Nosy Bedimaky (Bassas Da India)
Nosy Sambatra (Glorieuse)
Nosy Sambatra (Glorieuse)
Nosy Ampela (Europa)
Nosy Ampela (Europa)
Nosy Kely (Juan de Nova)
Nosy Kely (Juan de Nova)

Vous pouvez d’ailleurs vous rendre dans cet article pour découvrir les particularités uniques de ces îles paradisiaques !

L’enjeu de la « zone économique exclusive »

Au-delà de leurs potentielles richesses en pétrole, ce sont surtout les espaces autour de ces îlots qui suscitent l’intérêt de Madagascar et de la France.

Les îles Éparses permettent de revendiquer le contrôle de 360 400 km2 de ZEE (Zone économique exclusive).

Les iles Éparses

ZEE

Ile Europa

127 300 km2

Bassas da India

123 700 km2

Ile Juan de Nova

61 050 km2

Iles Glorieuses

48 350 km2

 

Avec 11,7 millions de km2 de ZEE, notons que la France est le pays qui contrôle le plus vaste espace maritime au monde.

Mais qu’est-ce que la ZEE ? Il s’agit d’un espace maritime dans lequel un État côtier dispose de droits souverains et à juridiction. En d’autres termes, la ZEE permet un contrôle total des droits de pêche ainsi qu’une exploitation des ressources au-delà de la mer territoriale.

Ces îles sont donc un enjeu de taille pour une telle surface.

Les îles Éparses permettent le contrôle de 360 400 km2 de mers (640 400 km2 avec l’île Tromelin, revendiqué par Maurice)
Les îles Éparses permettent le contrôle de 360 400 km2 de mers (640 400 km2 avec l’île Tromelin, revendiqué par Maurice)

Madagascar estime que le contrôle de ces ZEE lui revient de droit. Or, des forces armées s’y relaient pour asseoir la souveraineté de la France. Des soldats français donc qui défendent farouchement les mers territoriales de ces îles.

Nous nous souvenons tous des pêcheurs malgaches qui ont subi les sévices de militaires français basés sur l’île Juan de Nova en 2014 et en 2017. Leurs navires ont été arraisonnés, des incidents qui n’ont pas manqué de provoquer de vives tensions.

Charte des Nations Unies : la France mauvaise élève !

En 1979, l’État malgache revendique Europa, Bassas da India et Juan de Nova devant l’ONU. Cette dernière à donc adopter la résolution 34/91.

C’est justement ce traité qui a toujours motivé l’État malgache dans la revendication de son autorité sur les iles Éparses. Le texte exhorte « le Gouvernement français à entamer sans plus tarder des négociations avec le Gouvernement malgache en vue de la réintégration de ces îles qui ont été séparées arbitrairement de Madagascar ».

Rappelons que les îles Éparses en ont été séparées de Madagascar par un décret du Gouvernement français avant son indépendance en 1960.

Aux yeux de Madagascar, la France a donc volé injustement ces îlots.

En 2019, les présidents Emmanuel Macron et Andry Rajoelina ont décidé d’un commun accord une « commission mixte, sans avoir recours à une juridiction internationale » pour résoudre ce contentieux avant le 26 juin 2020.

Ici, c’est la France !

Bien évidemment, cette résolution est restée en travers de la gorge de plusieurs partis français, et particulièrement de l’extrême droite, qui se sont mobilisés pour dire tout le mal qu’ils pensaient de cet accord qu’ils comparent à un « un bradage du patrimoine territorial français de l’océan indien et son domaine maritime».

Extrait du communiqué de presse du Rassemblement National de Marine Le Pen :

« Le Rassemblement National s’oppose fermement à toute ouverture de négociations avec Madagascar sur la gestion et la souveraineté des îles éparses. L’engagement du président de la République du 29 mai représente une première étape vers la remise en cause de la souveraineté française sur les îles éparses.»

Dans un souci d’apaisement et pour faire taire les critiques, Emmanuel Macron s’est rendu sur la grande Glorieuse pour affirmer que les iles Éparses resteront un territoire français en une phrase qui ne laisse guère de place à l’interprétation : « Ici, c’est la France ! ».

Un discours rassurant qui a totalement décrédibilisé le président Andry Rajoelina aux yeux des Malgaches

Mais l’homologue malgache d’Emmanuel Macron n’a pas dit son dernier mot. En décembre 2019, en présence de hautes personnalités provenant des 4 coins de l’île, une concertation nationale a été mise en place à Ivato pour apaiser les tensions. Période durant laquelle le changement d’appellation de ces îles a été effectué : Nosy Kely (Juan de Nova), Nosy Bedimaky (Bassas Da India), Nosy Ampela (Europa), Nosy Sambatra (Glorieuse).

« Désormais, nous allons exiger nos droits sur nos terres », avait déclaré le chef d’État malgache.

240 millions d’euros en échange du silence ?

Les Malgaches attendaient avec impatience des avancées sur le dossier des îles Éparses lors du tête-à-tête entre Jean-Yves Le Drian et Andry Rajoelina le jeudi 20 février. Mais coup de théâtre, il n’en a rien été.

Le ministre des Affaires étrangères est resté flou sur les îles Éparses. « Le chef de la délégation française a présenté les éléments fondant les bases juridiques et la licéité de la souveraineté française sur ces îles », avait-il déclaré.

D’ailleurs, au palais présidentiel d’Iavoloha, le président malgache est resté curieusement silencieux sur le sujet et a préféré évoquer la « bonne » qualité des relations entre Madagascar et la France.

Car Monsieur Le Drian n’est pas venu les mains vides. Le Ministre des Affaires Étrangères a « généreusement » offert une enveloppe de 240 millions d’euros (moitié en prêt, moitié en don) pour soutenir l’IEM d’Andry Rajoelina.

« L’augmentation de l’aide française sera une contrepartie à une fin de non-recevoir de Paris sur ce dossier », nous apprend le journal Le Monde.

En d’autres termes, « Na inon-kidona na inon-kihatra », Madagascar n’aura aucune chance d’obtenir les îles Éparses tant que la France lui octroiera son aide financière !

One Comment on “Les îles Éparses ne seront pas malgaches ! (?)”

  1. Tout est dans le titre :
     » Les Îles Éparses ne seront pas Malgache  »
    Si elles étaient Malgache, vous auriez dit Les Îles Éparses seront rendues à Madagascar…..kkkkkkkk

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