Mourir de faim ou mourir du coronavirus ? L’impossible confinement à Madagascar3 minutes de lecture

Mourir de faim ou mourir du coronavirus ? L’impossible confinement à Madagascar

Difficultés d’accès à l’eau, quartiers surpeuplés, pauvreté ambiante, habitations exiguës… À Madagascar, de nombreux paramètres ne facilitent pas la mise en place des mesures de confinement. Dans un pays où le secteur informel règne en maître, le confinement « total » aurait des conséquences désastreuses dans le domaine économique, social et surtout politique.

Confiner plus de 2 millions d’habitants, tel est la mission des autorités malgaches pour les 11 prochains jours. Dimanche dernier, Andry Rajoelina a déclaré le confinement total de la région Analamanga.

Le nombre de cas confirmés au coronavirus s’élève actuellement à 5343. Mais ce nombre pourrait « exploser » étant donné que le pic de l’épidémie n’aura lieu que vers la fin aout, selon le président qui a eu l’honnêteté de déclarer que Madagascar ne maîtrise plus la crise sanitaire.

Et comme à l’accoutumée, les réactions suite au discours du chef de l’État ont été nombreuses sur les réseaux sociaux et continuent à fuser jusqu’à maintenant. « Le seul résultat auquel cela peut aboutir est une paupérisation de la population », « le gouvernement fait fi du secteur privé », « Nous préférons mourir de la maladie que de mourir de faim »…

Des mesures inadaptées aux contextes malgaches

Dans les grandes villes de Madagascar, les pauvres se situent généralement dans les quartiers insalubres et surpeuplés, où les exigences du confinement sont inadaptées. C’est ce que l’on remarque notamment à Antananarivo, où 2 millions de personnes sont incitées à se confiner chez eux depuis plus d’une semaine. Les gens continuent à sortir dans la rue malgré une forte présence des éléments des forces de l’ordre.

Il est difficile d’obliger une famille à rester toute la journée à l’intérieur d’un taudis exigu et mal aéré. Ou aux gens des bas quartiers de respecter les distances sociales quand ils vivent les uns sur les autres, en partageant l’eau du robinet et les toilettes avec les voisins.

L’informel frappé de plein fouet

La menace d’une contamination du Covid-19 est bien réelle dans la Grande Ile. Toutefois, le confinement de la population, une mesure incontournable pour de nombreux pays du monde, est-il adapté à Madagascar ?

Car dans le pays, le secteur informel prend une part significative. 90 % des travailleurs évoluent en effet dans ce dernier (données INSTAT). En d’autres termes, la plupart des Tananariviens n’ont pas d’emploi formel avec un salaire qui arrive chaque fin du mois pour pouvoir vivre. Ce qui veut dire qu’ils devront sortir dans la rue pour trouver de quoi manger le soir.

Dans ce contexte, difficile, voire impossible, donc de forcer les Malgaches à rester chez eux.

Pour conclure

À part le confinement et le respect des distanciations sociales ainsi que les règles d’hygiène, actuellement, il n’existe pas d’autres solutions pour freiner la propagation du Covid-19 à Madagascar. Malheureusement, les mesures liées au confinement risquent de pénaliser lourdement les pauvres, qui vivent au jour le jour. In fine, le confinement va faire bien plus de ravages que le covid-19 lui-même.

L’État a lancé des mesures de confinement drastiques, sans réfléchir aux conséquences tout en traitant avec indifférences les secteurs les plus touchés par la crise. Dans les pays européens, des plans d’urgence ont déjà été mis en place pour contrebalancer les pertes de revenus. En revanche, certains pays africains n’en ont pas les moyens, y compris Madagascar.  

Les petites et moyennes entreprises sont au bord du gouffre. Des subventions sont promises, mais leur mise en place va prendre du temps et peut même révéler de l’utopie. En attendant, l’économie malgache est à l’arrêt, avec toutes les conséquences sociales que cela entraîne.

 

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