« Kafala » en Moyen-Orient : cette loi responsable de la torture des travailleuses malgaches6 minutes de lecture

« Kafala » en Moyen-Orient : cette loi responsable de la torture des travailleuses malgaches

Rester pauvre à Madagascar ou devenir esclave et risquer de mourir à l’étranger ? Des femmes malgaches partent vers les pays du Golfe en espérant y trouver de meilleures conditions de vie et un salaire plus décent. Hélas, dès leur arrivée sur leur terre d’accueil, elles découvrent l’enfer !

Contexte : le Moyen-Orient, à la recherche de main-d’œuvre

Dans la Grande Ile, l’émigration était longtemps réservée aux « élites ». Mais depuis une dizaine d’années, la situation a changé. La migration internationale concerne désormais différentes couches de la société et majoritairement des femmes.

Les destinations les plus prisées restent les pays du Moyen-Orient : Arabie Saoudite, Liban, Bahreïn, Koweït, Dubaï… Et pour cause, l’accès des femmes au marché du travail est très faible dans ces États. De plus, on y observe la disparition « quasi totale » des domestiques d’origine arabe. Les employées de maison ont donc été remplacées par des ressortissantes étrangères qui proviennent généralement de pays pauvres en voie de développement : Éthiopie, Sri Lanka, Malaisie, Indonésie… et Madagascar.

Les postes à pourvoir concernent pour la plupart le travail domestique. Les demandeurs d’emploi sont généralement de jeunes femmes malgaches défavorisées : bonnes de maison, lavandières, employées dans les sociétés franches, chômeuses…

Migration de « survie » des femmes malgaches

Dans le cas de Madagascar, la pauvreté vécue par les femmes est la première raison de ce départ. Leur désir d’améliorer leur sort, de chercher une herbe plus verte ailleurs peut être compréhensible. Et puisque la migration vers l’Europe est inaccessible, ces femmes n’ont d’autres choix que de se tourner vers d’autres destinations à la recherche de mains-d’œuvre abordables. C’est la raison pour laquelle elles se tournent vers les pays du Golfe.

Par ailleurs, le parcours éducatif des femmes provenant de milieux sociaux défavorisés ne leur permet pas de bénéficier d’un salaire confortable, la plupart étant faiblement instruites. D’où l’intérêt de chercher des opportunités d’emplois intéressantes financièrement à l’étranger.

Le « contrat type » des femmes malgaches au Moyen-Orient

La migration vers l’Arabie Saoudite, le Liban, le Koweït ou le Bahreïn est assujettie à des contrats entre l’employeur et la domestique.

Le contrat type souligne généralement :

  • Un séjour de 3 ans.
  • Un droit de sortie le dimanche.
  • Une visite médicale (test VIH, test de grossesse…) avant la prise de fonction.
  • La domestique est nourrie et blanchie.
  • Une possibilité d’obtenir une augmentation au bout de 2 ans de travail.

Le salaire minimum des employées tourne autour de 300 000 ariary par mois. Toutefois, cette somme peut varier en fonction des tâches domestiques à accomplir.

HÉLAS, l’employeur peut à tout moment apporter une modification au cours du séjour, et c’est là où le bât blesse !

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Le système de la « Kafala » : une forme d’esclavage moderne envers les travailleurs immigrés

Dans le droit musulman, la « Kafala » désigne à l’origine une sorte de tutelle sans filiation. Cette procédure s’est transformée, dans certains pays arabes (Arabie Saoudite, Liban…), en un principe de parrainage dans le secteur de l’emploi.

Ainsi, selon la « Kafala », tout travailleur étranger est dans l’obligation d’être « parrainé » par une entité locale (association, entreprise ou simple citoyen). L’autorisation du parrain est ensuite obligatoire pour quitter le pays ou trouver un autre emploi. La « Kafala » professionnelle touche surtout le domaine de la construction et des travaux domestiques.

Dans la pratique, la loi de la « Kafala » est accusée de perpétuer dans les pays du Golfe une forme d’esclavage moderne envers les travailleurs immigrés. Les expatriés malgaches (mais aussi d’autres pays) qui y travaillent comme domestiques ou ouvriers se voient fréquemment privés de leur passeport dès leur arrivée, ce qui rend toute fuite ou plainte impossible.

Certains employés peuvent même être privés de liberté de culte, dans ces États qui n’autorisent que l’Islam.

Un exemple probant est la récente polémique et les fortes critiques engendrées par la condition de travail des immigrés au Qatar, en vue de la Coupe du monde de football de 2022, faisant état de la mort de 400 ouvriers népalais et 500 Indiens sur les chantiers de l’Émirat.

La « Kafala » touche ainsi les domestiques malgaches, qui n’échappent pas à de possibles abus ou interdictions de quitter le territoire. Selon les témoignages de ces femmes malgaches, la plupart des employeurs ne respectent pas le contrat type de départ et durcissent les conditions de séjour.

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Être une esclave ou devenir une prostituée ? Destin tragique des femmes malgaches

Vous l’aurez compris, la « Kafala » ne protège pas ces travailleuses malgaches : elles ne peuvent ni démissionner ni rentrer à Madagascar. Durant leur séjour, elles passent leur temps derrière des portes closes en subissant des sévices. Les cas de violences sexuelles, de tortures physiques, d’humiliations et de maltraitances en témoignent.

Excédées par les traitements inhumains dont elles sont victimes, ces domestiques finissent par s’échapper de leur bourreau et n’ont d’autre choix que de faire la manche ou se prostituer. Elles ne peuvent se tourner vers des institutions gouvernementales de peur d’être renvoyées à leur « kafeel » (le parrain).

Et c’est à partir de là que la situation devient dramatique : étant sans papiers, elles sont recrutées par des proxénètes et sont gardées avec des armes à feu. Certaines sont même tuées dès lors où ces femmes ont gagné assez d’argent pour s’affranchir de leur proxénète.

« C’est probablement ce qui est arrivé à Mélanie » confie Carrozza Heliarisoa, la coordinatrice d’AZIG, une association qui apporte une aide administrative et psychologique aux domestiques malgaches et africaines dans les pays du Moyen-Orient.

Le destin funeste de Mélanie : une histoire parmi tant d’autres

Mélanie, originaire de Sambava, avait migré en Arabie Saoudite pour occuper un poste de domestique. La jeune femme de 22 ans quittera finalement son employeur pour se retrouver dans la rue avant de se lancer dans la prostitution. Selon ses amis, elle gagnait autour de 400 € par client.

Arrivée dans le pays en 2018, Mélanie est décédée dans des circonstances douteuses. Selon les propos des amies de la jeune femme, rapportés par Carrozza Heliarisoa « Le jour où Mélanie a été tuée, un client l’avait appelée et a loué une chambre d’hôtel, il a dit être seul, mais lorsqu’elle l’a rejoint, il y avait plusieurs autres personnes. Mélanie a prévenu ses amies que si elle ne rentrait pas de ce rendez-vous, elle serait morte. »

Le corps a été retrouvé dans la brousse de Dammam en octobre 2020. Mélanie a finalement été enterrée sans cercueil et qui plus est à la pelleteuse. La scène de l’enterrement filmée par une amie a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

Dans la vidéo, on voit une pelleteuse qui rabat de la terre sur la dépouille de la jeune femme, enveloppée d’un simple tissu. Les cris de douleur d’une de ses amies sont insoutenables devant l’engin qui écrasait le cadavre.

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