Corruption, détournement de fonds, trafics, enrichissements illicites : à quand la fin de l’impunité ?6 minutes de lecture

Corruption, détournement de fonds, trafics, enrichissements illicites : à quand la fin de l’impunité ?

Tout est dans le titre ! La multiplicité des scandales récemment révélés par la presse et sur les réseaux sociaux démontre l’absence d’une vraie justice à Madagascar.

Nous sommes début 2021, une année qui se voulait prometteuse. Hélas, le climat actuel se déroule dans un profond état de déchirement national. La tâche sera difficile pour le Président actuel suite à ces divers scandales qui secouent le pouvoir.

Détournement de fonds, corporatisme, abus d’autorité, corruption, népotisme, trafics… les « souillures » impliquant les dirigeants se multiplient à Madagascar, suscitant pêle-mêle polémiques, ironies, clivages, sur fond de violences politiques inouïes.  

Début janvier, un site sud-Africain a révélé avec détails comment une cargaison de 73,5 kg d’or exportés illicitement de Madagascar a été interceptée en Afrique du Sud. Jusqu’à maintenant, 18 personnes sont inculpées dans cette affaire, dont 3 suspects détenus en Afrique du Sud.

De son côté, la douane ternie par ce scandale tente de se dédouaner. « Un coup bien préparé » d’après les explications d’Ernest Zafivanona Lainkana, son directeur général. Toujours selon ce dernier, la douane n’a pas été informée de l’existence de ce vol privé alors que les démarches exigent qu’elle le soit, 24h avant le décollage.

L’affaire a bien évidemment fait grand bruit à Madagascar, ce qui est une aubaine pour les opposants politiques, et plus particulièrement pour le parti TIM de l’ancien président Marc Ravalomanana.

Scandale sur scandale

Cette récente affaire, qui ne cesse de connaître des rebondissements, est bien sûr un coup dur pour le pouvoir actuel n’en déplaise aux rivaux politiques qui ne manquent pas de rappeler le « record » de scandales révélés ces derniers temps.

Au moins 6 histoires de ce genre ont défrayé la chronique ces derniers mois :

  • Le limogeage de la ministre Rijasoa Andriamanana pour une affaire de bonbons,
  • Les abus au sein du comité Loharano,
  • L’affaire « écran plat » dans laquelle est cité le nom du ministre de l’Intérieur,
  • Les dérives des gendarmes qui ont mené à la destruction de la caserne d’Imerintsiatosika,
  • Les détournements liés à la gestion des fonds Covid-19,
  • La bavure militaire à Amparafaravola qui a conduit à un affrontement avec des civils…

Pour les observateurs, la dernière affaire des 73 kg d’or est la « cerise sur le gâteau ». Manifestement embarrassé, le pouvoir central tente de toutes les manières d’éteindre le feu. Rinah Rakotomanga, Directrice de la communication auprès de la Présidence, au cours d’une interview sur la chaîne Real Tv, a pour sa part, dénoncé une « machination mafieuse ».

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À quand la fin de l’impunité à Madagascar ?

Prélèvement abusif de l’argent public, corruptions, traitements préférentiels, entorses aux procédures budgétaires, abus de pouvoir des forces de l’ordre…

Au regard des mois passés (voire des années passées), force est de constater que les pratiques délictueuses perdurent au sein de la classe politique et des forces de l’ordre. Bien qu’il y ait des exceptions, le phénomène touche la grande majorité des hommes politiques et des acteurs dans le domaine de l’ordre public.

Et pour cause, il ne se passe pas une année sans que n’éclatent un ou plusieurs scandales qui mettent en cause les responsables étatiques. Et aux vues des récents événements, le phénomène n’est pas près de régresser. Il faut une légère pointe d’humour, ou plutôt une forte résilience pour parvenir à supporter le climat actuel et prendre de la hauteur pour le ressentir.

Pour continuer, force est de constater que l’impunité semble être standardisée à Madagascar, en dépit de l’importance des « violations présumées », pour ces politicards qui les ont commis. Pour ces personnes, il est inconcevable d’être poursuivi en justice si bien qu’elles exigent d’être amnistiées dès lors que la justice les condamne.

Comment expliquer à nos enfants qu’il est normal qu’un membre de la populace se voie infliger une lourde sanction pour un vol de volaille alors, qu’à côté, le haut placé qui détourne les derniers publics revendique le droit d’être gracié ? Le contexte actuel fait perdre toute crédibilité à la classe dirigeante et renforce le désintéressement, voire la haine, chez les citoyens.

Alors, faut-il rappeler que « nul n’est haut dessus de la loi ? », du moins en principe. Car il n’est pas sans rappeler que chez nous, l’intégrité des magistrats peut être compromise dans un contexte où la justice malgache est gangrénée par la corruption.

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La Haute Cour de Justice a-t-elle lieu d’être ?

Pour terminer, on ne saura passer sous silence le véritable rôle de la Haute Cour de Justice (HCJ) qui est censée juger les hauts dirigeants. Souvent évoquée lors des infractions commises par la classe politique, cette instance se démarque pourtant par son inutilité. Dossiers d’inculpation perdus dans les méandres des procédures judiciaires, lenteur administrative, arrestation par simple effet d’annonce… voilà autant de raisons qui amène les Malgaches à prendre conscience qu’il existe une justice à 2 vitesses dans notre pays : l’une pour les intouchables (responsables étatiques, chefs d’institution, forces de l’ordre, parlementaires, grands patrons…) et l’autre pour le commun des mortels. On est donc en droit de se demander si cet organisme a vraiment lieu d’être ? Pour quand la classe dirigeante se verra-t-elle mise sur le même pied d’égalité que le peuple ?

Le mot de la fin

À Madagascar, nous sommes en présence d’une culture de l’impunité et de la corruption profondément ancrée dans la sphère étatique (décideurs publics, élus…) et celui du maintien de l’ordre public (policiers, gendarmes…). Ces divers acteurs sont convaincus que tout leur est permis et qu’ils sont invulnérables, quoi qu’ils fassent. Et tant que cette culture ne sera pas supprimée, le pays n’ira jamais de l’avant.

Pour l’instant, malgré les belles promesses du Président et son équipe, les Malgaches attendent toujours, avec exaspération, que soit prononcée la condamnation de ces gros bonnets qui pensent être au-dessus de la loi. Car pour l’instant, l’impunité règne encore en maître à Madagascar et tout le monde s’en est rendu compte.

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