Rivalité Merina/Côtier : pourquoi tant de haine ?8 minutes de lecture

Rivalité Merina/Côtier : pourquoi tant de haine ?

Le clivage Merina/Côtier ne date pas d’hier. Les tensions entre les habitants des hautes terres et ceux des provinces sont une donnée congénitale de Madagascar qui a longtemps retardé la réalisation de l’unité nationale. Cette division fait parler d’elle épisodiquement, surtout en période de crise. De nos jours, cette « guerre froide » est souvent tournée en dérision. Pourtant, elle est le fruit d’une histoire peu connue par les générations d’aujourd’hui.

Mais pourquoi en est-on arrivé là ? Pour répondre à cette question, il faut faire un bond en arrière dans le temps.

Origine de la rivalité entre Merina et Côtier

Au temps de la royauté au milieu du XVIIe siècle, la dynastie Merina et les tribus côtières connurent des conflits importants. Les Merina, aspirant à conquérir le pays tout entier, se heurtaient aux désirs indépendantistes des peuplades provinciales, ce qui engendrait des luttes sans merci.

Au courant du XIXe siècle, la souveraineté Merina influait sur les ¾ de la Grande Ile. Cependant, le maintien de cette souveraineté requit une oppression constante, qui provoqua la haine des tribus côtières envers les envahisseurs Ambaniandro.

Pour comprendre ce clivage exacerbé, il faut également se souvenir d’un autre élément historique : l’annexion de Madagascar à la France. Les autorités françaises mirent fin à l’impérialisme Merina comme l’espéraient les peuplades côtières, dont de nombreuses hautes personnalités s’étaient mises au service de la France.

Toutefois, l’administration coloniale française avait favorisé une forme de domination merina, plus sournoise, sans doute pour amplifier le clivage Merina/Côtier. En effet, les hommes placés dans la fonction publique provenaient d’une même catégorie de la population : les habitants des hautes terres au grand dam de leurs adversaires héréditaires, ce qui allait provoquer la grogne des côtiers durant plus d’un siècle.

Pourtant, l’annexion de Madagascar à la France apparut pour la plupart des côtiers, non comme le cruel asservissement de la patrie malgache à l’envahisseur à la peau blanchâtre, mais plutôt comme la seule planche de salut pour s’affranchir de la tutelle ambaniandro.

Après la Seconde Guerre mondiale, les Malgaches purent enfin participer activement à la vie politique du pays. 2 partis naquirent, qui symbolisèrent encore l’opposition historique des Côtiers aux Merina : Le MDRM (fondé par des Merinas) et le PADESM (fondé par des côtiers). Le premier avait pour objectif de lutter à court terme pour l’autonomie de Madagascar au sein de l’Union française et le deuxième, plus francophile, aspirait à une indépendance progressive pour Madagascar pour éviter le retour à une situation quasi féodale telle qu’elle existait au temps du royaume ambaniandro.

Demandez à un Malgache si la rivalité entre Merina et Côtier existe. Il vous répondra certainement NON !

La plupart des Malgaches refusent de considérer la rivalité ethnique en tant que problème. Certains iront même jusqu’à nier hypocritement l’existence de cette « maladie » qui gangrène le pays.

Le peuple malgache est divisé en 18 groupes ethniques. Mais pour faire simple, les Malgaches ont mis en place une dichotomie, réduisant la population en 2 groupes distincts : les Merina (habitants des hautes terres) et les Côtiers (habitants des provinces).

Malheureusement, cette dichotomie est complètement absurde étant donné que la diversité de la population est importante. Un Merina lambda considèrera par exemple comme côtier un Tanala qui n’aura peut-être jamais vu la mer de sa vie.

Les différentes ethnies de Madagascar
Les différentes ethnies de Madagascar

Des groupuscules extrémistes qui souhaitent créer des « États provinciaux »

Plusieurs décennies après l’indépendance, on en est encore là : la rivalité Merina/Côtier est encore profondément ancrée dans les esprits. Et pour cause, le clivage ne se base plus uniquement sur des ressentiments par rapport aux passés historiques, mais sur les inégalités régionales et sociales flagrantes depuis ces dernières années entre les hautes terres et les provinces. Ainsi, les jeunes d’aujourd’hui se mettent à suivre les chemins tracés par les parents et les aïeux : aspirer à la mise en place des « provinces autonomes », des « États-nations », du « fédéralisme »…

À l’étranger, bon nombre de pays, pour ne citer que l’Allemagne, le Brésil ou la Suisse, ont connu des fédérations qui se sont toutes plus ou moins soldées par un échec. Ils ont compris la nécessité de mettre ensemble leurs forces face aux divergences.

Pour le cas de Madagascar, créer des « provinces autonomes » ou des « États-nations » à base ethnique équivaut à se tirer une balle dans le pied. Et pour cause, cela déclencherait un mouvement aboutissant à un effritement d’un État qui se veut unitaire. Les structures politiques et administratives ne pourraient qu’engendrer un système basé sur l’opposition Merina/Côtier, ce qui risque de reproduire les mêmes résultats des dernières décennies.

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Politisation des ethnicités : le jeu favori des politiciens

Nous l’avions précisé plus haut, tout Malgache qui se respecte niera avec hypocrisie le clivage Merina/Côtier qui subsiste à Madagascar. Cette « doxa » malgache demeure également dans la sphère politique. Cependant, il n’est pas rare de voir des politiques malgaches relancer dans le cadre de leur course au pouvoir des anciens concepts issus de ce clivage historique. Résultat : tel Machiavel, ces derniers ne cessent de politiser les ethnicités pour nourrir leurs sombres desseins.

Le mécanisme de fonctionnement de la politisation des ethnicités Merina et Côtière est relativement simple : introduire un événement (ou un problème personnel), même banal, sur le plan d’une rivalité ethnique Merina/Côtier et mettre en place une stratégie de victimisation. Et ce, afin de créer un prétendu conflit ethnique pour atteindre son objectif.

La politisation de l’ethnicité s’effectue à moindre coût et constitue une arme efficace (qui peut être pourtant à double tranchant). À titre d’exemple, certains Merina se laissent facilement mobiliser contre un mouvement dirigé par un leader côtier et vice-versa.

Merina et Côtier : Les rivalités s’intensifient sur les réseaux sociaux

Avancées technologiques obligent, les réseaux sociaux, devenus l’un des médias les plus présents dans la vie des Malgaches, représentent aujourd’hui une terre de rivalité importante entre les « Merina » et les « Côtiers ».

Que ce soit dans les groupes d’actualité, les pages ou les comptes perso, il n’est pas rare de voir des publications qui entretiennent ce clivage historique. Cela dérape régulièrement en insultes et il est finalement assez rare d’assister à des échanges courtois entre les habitants des hautes terres et ceux des provinces.

Le sentiment d’anonymat peut donner l’impression aux utilisateurs que les réseaux sociaux sont des espaces de communication où la liberté d’expression est totalement illimitée. Or, Facebook, Instagram ou Twitter ne sont pas pour autant des terrains de non-droit et l’incitation à la haine y est tout aussi illégale que dans le monde réel.

Les auteurs de ces posts disent qu’il s’agit d’humour, mais il devrait y avoir une certaine limite. De plus, les administrateurs de ces groupes ne prennent pas les mesures nécessaires alors que ces publications sont à caractère discriminant, ce qui nous renvoie sur la notion de discrimination. Il s’agit de propos négatifs à l’encontre de personnes en raison de sa prétendue race, sa couleur de peau, son origine… 

Parmi les groupes Facebook les plus touchés, on peut notamment citer « La Grande Braderie de Madagascar » ou encore « Avia aty raha hivanitika ». Les jeunes, qui constituent les principaux utilisateurs des réseaux sociaux, sont particulièrement exposés à ces publications racistes et discriminatoires, que ce soit sous forme d’images, de vidéos ou de commentaires.

Rivalité Merina/Côtier : c’est aux jeunes malgaches de mettre fin à cette querelle STUPIDE

Même si l’opposition imaginaire « Merina-Côtier » tend à pénétrer chez les nouvelles générations, force est de constater que la plupart des jeunes ne fonctionnent plus aux stéréotypes. Ils ont compris par eux-mêmes que cette rivalité n’a plus sa place à Madagascar, que les antécédents ambigus de leurs aïeux font partie du passé, que l’avenir leur appartient et que la construction de nouvelles identités nationales est nécessaire.

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Le mot de la fin

La question ethnique est mise en premier plan à Madagascar au lieu d’aborder les vrais problèmes (démocratie, culture, santé, développement économique) qui constituent un obstacle au développement du pays.

3 Comments on “Rivalité Merina/Côtier : pourquoi tant de haine ?”

  1. « À l’étranger, bon nombre de pays, pour ne citer que l’Allemagne, le Brésil ou la Suisse, ont connu des fédérations qui se sont toutes plus ou moins soldées par un échec. »
    Vous vous trompez cher Monsieur ou Madame.
    Ces pays fonctionnent toujours en tant que système fédéral et ce n’est pas un échec car ces pays sont dans le G20.
    Vous oubliez aussi les états unis qui sont un système fédéral et qui forment une puissance économique mondiale .
    La Russie est aussi une puissance économique et un système fédéral.
    N’induisez pas vos lecteurs en erreur. Le fédéralisme est un système efficace économiquement contrairement à un système centralisé imposé par les ex colonisateurs.
    Madagascar est un système centralisé depuis 60 ans et le résultat en est la misère.
    Il est temps de passer à un système fédéral comme dans les pays cités plus hauts.

  2. L’analyse sur le fédéralisme est un peu superficielle.

    C’est du n’importe quoi.

    Le fédéralisme est un système qui fonctionne bien.

    D’ailleurs, aux Etats-Unis, les républicains sont les grands défenseurs du système.

    Juste un article subjectif.

  3. personnellement, la rivalité entre merina et côtiers n’existe plus, les gens riches ou les étrangers riches naviguent toujours cette idées pour séparer ou rivaliser les malgaches contre les malgaches même. c’étaient les colonialistes qui ont créé ce système pour la facilité de dominer les malgaches. les colonialistes provoquaient cette guerre entre les malgaches contre les malgaches. Tous ce qui pensent encore, à ce jour, cette rivalité entre malgaches-malgaches, ce sont des voleurs, ils ont des intérêts pour notre terre, qui est une grande île riche et très riche mais la population est très pauvre, la minorité comme les malgaches riches, corrompues, et les étrangers qui volent nos richesses essaient toujours d’exciter les malgaches de se combattre entre eux

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